1843-50 |
"On remarquera que, dans tous ces �crits, et notamment dans ce dernier, je ne me qualifie jamais de social-d�mocrate, mais de communiste... Pour Marx, comme pour moi, il est donc absolument impossible d'employer une expression aussi �lastique pour d�signer notre conception propre.." F. Engels, 1894. Une publication effectuée en collaboration avec la biblioth�que de sciences sociales de l'Universit� de Qu�bec. |
Le parti de classe
Le Parti � contre-courant (1850-1863)
Lorsqu'apr�s la d�faite de la r�volution de 1848-1849
vint le moment o� il devint de plus en plus impossible d'agir
en direction de l'Allemagne � partir de l'�tranger, notre
parti abandonna � la d�mocratie vulgaire le terrain des querelles
d'�migration, qui demeuraient la seule action possible.
Tandis que celle-ci se lan�ait � corps perdu dans une agitation
fr�n�tique, se chamaillant aujourd'hui, fraternisant le
lendemain, et �talant de nouveau, le surlendemain, son linge sale
devant tout le monde ; tandis qu'elle allait mendier quelques
sous en Am�rique, afin de pr�parer de nouveaux scandales d�s
qu'elle les d�penserait ‑ notre parti �tait heureux de
retrouver un peu de calme pour ses �tudes. Il avait le grand
avantage de disposer pour base th�orique d'une conception
scientifique nouvelle, et son �laboration lui donnait
suffisamment � faire. Ne serait-ce que pour cette raison, il ne
put jamais tomber aussi bas que les � grands hommes � de
l'�migration.
Le premier fruit de ces travaux est le pr�sent ouvrage
[sur la critique de l'�conomie politique].
Engels, Das Volk, 6 ao�t 1859
Des papiers saisis chez les accus�s, ainsi que de leurs aveux, il r�sultait qu'il avait exist� une soci�t� communiste allemande dont le Conseil central si�geait primitivement � Londres [1]. Le 18 septembre 1850, ce Conseil fit scission. La majorit� ‑ l'acte d'accusation l'appelle le parti Marx ‑ transf�ra le si�ge du Conseil central � Cologne. La minorit� ‑ exclue plus tard de la Ligue par le Conseil de Cologne ‑ s'�tablit � Londres comme Conseil central ind�pendant et cr�a, dans cette ville et sur le continent, une Ligue s�paratiste. Cette minorit� et ses adh�rents, l'accusation les appelle le parti Willich-Schapper.
Saedt et Seckendorf pr�tendent que la scission du Conseil de Londres n'�tait due qu'� des antipathies purement personnelles. Longtemps avant Saedt et Seckendorf, le � chevaleresque Willich � avait d�j� clabaud� sur les motifs de la scission et r�pandu, parmi les �migr�s de Londres, les bruits les plus inf�mes ; il avait trouv� en M. Arnold Ruge, cette cinqui�me roue du char d'�tat de la d�mocratie europ�enne [2], ainsi que dans les gens du m�me acabit, des canaux tous dispos�s � d�verser ces bruits dans la presse allemande et am�ricaine. La d�mocratie comprit avec quelle facilit� elle remporterait la victoire sur les communistes si elle improvisait, pour la circonstance, � le chevaleresque Willich � repr�sentant du communisme. � Le chevaleresque Willich � comprit de son c�t� que le � parti Marx � ne pouvait d�voiler les raisons de la scission sans trahir l'organisation secr�te en Allemagne, et tout sp�cialement sans livrer le Conseil central de Cologne � la sollicitude paternelle de la police prussienne. Ces conditions n'existent plus, et c'est pourquoi nous citons quelques passages du dernier proc�s-verbal du Conseil central de Londres, s�ance du 15 septembre 1850 [3].
Dans l'expos� des motifs de sa proposition de scission, Marx, entre autres choses, dit textuellement :
� � la place de la conception critique, la minorit� met une conception dogmatique, et � la place de la conception mat�rialiste, une conception id�aliste. Au lieu des conditions r�elles, c'est la simple volont� qui devient la force motrice de la r�volution. Nous, nous disons aux ouvriers : ‘Vous avez � traverser quinze, vingt, cinquante ans de guerres civiles et de luttes entre les peuples, non seulement pour changer les conditions existantes, mais pour vous changer vous-m�mes et vous rendre aptes � la direction politique’. Vous, au contraire, vous dites ‘Il nous faut imm�diatement arriver au pouvoir, ou bien nous n'avons plus qu'� aller nous coucher [4]’. Nous, nous attirons tout sp�cialement l'attention des ouvriers allemands sur le faible d�veloppement du prol�tariat allemand. Vous, vous flattez de la fa�on la plus grossi�re le sentiment national et les pr�jug�s corporatifs des artisans allemands, ce qui est �videmment plus populaire. De m�me que les d�mocrates ont fait du mot peuple une formule sacr�e, vous faites, vous, une formule sacr�e du mot prol�tariat [5]. Tout comme les d�mocrates, vous substituez au d�veloppement r�volutionnaire la phras�ologie r�volutionnaire, etc. �
Dans sa r�ponse, Schapper dit textuellement :
� J'ai exprim� le point de vue critiqu� ici, parce qu'en g�n�ral je suis enthousiaste pour la cause. Il s'agit de savoir si, au commencement, nous coupons la t�te ou nous aurons la t�te coup�e (Schapper pr�dit m�me qu'il serait guillotin� dans un an, donc le 15 septembre 1851). En France, les ouvriers arriveront au pouvoir, et � leur suite nous y arriverons en Allemagne. Si ce n'�tait pas le cas, j'irais bel et bien me coucher et me consacrerais de tout autre mani�re � mon gagne-pain. Si c'est notre tour, nous pouvons prendre des mesures telles que nous assurerons le r�gne du prol�tariat. Je suis fanatiquement attach� � cette opinion. Or, le Conseil central a voulu le contraire, etc. �
On le voit : ce ne furent pas des raisons personnelles qui cr��rent la scission du Conseil central. Mais il serait faux de parler de divergences de principes : le parti Willich-Schapper n'a jamais revendiqu� l'honneur d'avoir des id�es � lui. Ce qui lui appartient en propre, c'est sa fa�on toute particuli�re de d�former les id�es d'autrui, de les fixer en articles de foi et de se les approprier comme phras�ologie. Il serait tout aussi faux d'appliquer au parti Willich-Schapper l'�pith�te de � parti de l'action �, � moins que l'on entende par action une oisivet� cach�e sous les gueulantes de cabarets, les consid�rations invent�es de toutes pi�ces et les semblants de conjurations oiseuses.
Pr�sents : Marx, Engels, Schramm, Pf�nder, Bauer, Eccarius, Schapper, Willich, Lehmann. Excus� : Fr�nkel [6].
Cette r�union �tant extraordinaire, on ne dispose pas encore du proc�s-verbal de la derni�re r�union ; il ne peut donc �tre lu.
Marx : La r�union de vendredi n'a pas pu se tenir � cause du conflit avec la commission de l'Association [7]. Willich ayant convoqu� une r�union de district, ce dont je ne recherche pas ici la validit�, la r�union doit avoir lieu aujourd'hui.
Je pr�sente donc la proposition suivante qui se subdivise en trois points :
Ces d�bats ont enfin prouv� quelles �taient les divergences de principes qui constituaient l'arri�re-fond des chamailleries personnelles, et maintenant le moment est venu d'intervenir. Pr�cis�ment ces antagonismes sont devenus les mots d'ordre de lutte des deux fractions, et les d�fenseurs du Manifeste sont trait�s de r�actionnaires par certains membres de la Ligue ; l'on a ainsi cherch� � les rendre impopulaires, mais cela leur est parfaitement indiff�rent, �tant donn� qu'ils ne recherchent aucune popularit�. En cons�quence, la majorit� aurait le droit de dissoudre le district de Londres et d'exclure la minorit� comme �tant en contradiction avec les principes de la Ligue. Cependant, je ne fais pas cette proposition, parce qu'elle susciterait d'inutiles chamailleries et que ces gens sont encore des communistes de par leur conviction, bien que les conceptions qu'ils expriment en ce moment soient anticommunistes et peuvent, � la rigueur, �tre appel�es social-d�mocrates.
On comprendra cependant que ce serait pure perte de temps que de rester encore ensemble. Schapper a souvent parl� de nous s�parer, bien ‑ je prends au s�rieux sa parole de s�paration. Je crois avoir trouv� la voie gr�ce � laquelle nous nous s�parons sans faire �clater le parti.
Je d�clare qu'� mon sens je souhaite tout au plus que douze personnes passent dans notre district, le moins possible, et j'abandonne volontiers toute la vol�e � la minorit�. Si cette proposition est adopt�e, il est manifeste que nous ne pourrons pas rester dans l'Association ; la majorit� et moi-m�me, nous quitterons l'Association de la Great Windmill Street [12]. Enfin, il ne s'agit pas d'�tablir des relations d'hostilit� entre les deux fractions, mais au contraire de r�sorber les tensions, donc toutes les relations. Nous demeurons ensemble dans la Ligue et le parti, mais non dans des relations uniquement malfaisantes.
Schaper : De m�me que le prol�tariat se s�pare en France de la Montagne et de La Presse [13], les gens qui repr�sentent les principes du parti se s�parent ici de ceux qui organisent le prol�tariat. Je suis pour le transfert du Conseil central, de m�me que pour le changement des statuts. Les camarades de Cologne connaissent la situation en Allemagne. Mais je crois que la nouvelle r�volution suscitera des gens qui se dirigeront eux-m�mes, mieux que tous les gens qui ont eu un nom en 1848.
En ce qui concerne les questions de principes, Eccarius a pos� la question qui a suscit� cette discussion. J'ai exprim� le point de vue critiqu� ici, parce qu'en g�n�ral je suis enthousiaste pour la cause. II s'agit de savoir si, au commencement, nous coupons les t�tes ou nous aurons la t�te coup�e. En France, les ouvriers arriveront au pouvoir, et � leur suite nous y arriverons en Allemagne. Si ce n'�tait pas le cas, j'irais bel et bien me coucher et me consacrerais � mon gagne-pain de tout autre mani�re. Si c'est notre tour, nous pouvons prendre des mesures telles que nous assurerons le r�gne du prol�tariat. Je suis fanatiquement attach� � cette opinion. Or, le Conseil central a voulu le contraire. Mais si vous ne voulez plus rien avoir � faire avec nous, bien, ‑ nous nous s�parons alors. Je serai certainement guillotin� dans la prochaine r�volution, mais j'irai en Allemagne.
Mais si vous voulez former deux districts, bien ‑ mais lors c'en est fait de la Ligue, nous nous retrouverons en Allemagne, et nous pourrons peut-�tre de nouveau marcher ensemble. Je suis un ami personnel de Marx, mais si vous voulez que nous nous s�parions, bien ‑ alors nous irons seuls, et vous irez seuls. Nous aurons alors cr�� deux Ligues. L'une pour ceux qui agissent avec la plume, l'autre pour ceux qui agissent autrement. Je ne suis pas d'avis que les bourgeois arriveront au pouvoir en Allemagne [14], et sur ce point je suis fanatiquement enthousiaste ; si je ne l'�tais pas, je ne donnerais pas un centime pour toute l'histoire. Mais � deux districts ici � Londres, deux associations, deux comit�s de r�fugi�s, nous pr�f�rons deux Ligues, et une s�paration compl�te.
Marx : Schapper a mal compris ma proposition. Sit�t qu'elle sera adopt�e, nous nous s�parerons, les deux districts se s�pareront, et les personnes ne seront plus en relation entre elles. Mais ils resteront dans la m�me Ligue et sous le m�me Conseil central. Vous pouvez m�me garder la grande masse des membres de la Ligue. En ce qui concerne les sacrifices personnels, j'en ai fait autant que n'importe qui, mais pour la classe, non pour des personnes.
En ce qui concerne l'enthousiasme, il n'en faut pas beaucoup pour adh�rer � un parti dont on pense qu'il arrivera au pouvoir. J'ai toujours tenu t�te � l'opinion momentan�e du prol�tariat. Nous nous d�vouons � un parti qui, pour son plus grand bien pr�cis�ment, ne peut pas encore arriver au pouvoir. S'il arrivait au pouvoir, le prol�tariat ne prendrait pas des mesures directement prol�tariennes, mais petites-bourgeoises. Notre parti ne pourra arriver au pouvoir que lorsque les conditions lui permettront d'appliquer ses id�es. Louis Blanc fournit le meilleur exemple de ce que l'on arrive � faire, lorsqu'on arrive trop t�t au pouvoir [15]. Au reste, en France, ce n'est pas le seul prol�tariat, mais avec lui la paysannerie et la petite bourgeoisie qui arriveront au pouvoir, et le prol�tariat devra appliquer leurs mesures, et non les siennes. La Commune de Paris [16] d�montre que l'on n'a pas besoin d'�tre au gouvernement pour faire quelque chose.
Au reste, pourquoi nul autre parmi les membres de la minorit� qui ont unanimement ratifi� la circulaire ‑ notamment Willich ‑ ne prend-il la parole ? Nous ne pouvons pas scinder la Ligue, et nous ne le voulons pas : il suffit de diviser le district de Londres en deux.
Eccarius : J'ai effectivement pos� la question avec la claire intention de mettre les choses sur le tapis. En ce qui concerne la conception de Schapper, j'ai expos� dans l'Association pourquoi je la tiens pour une illusion et pourquoi je ne pense pas que notre parti viendra au pouvoir d�s la prochaine r�volution. Notre parti sera alors plus important dans les clubs qu'au gouvernement.
Le citoyen Lehmann quitte la salle, sans dire un mot, de m�me
le citoyen Willich.
Art. 1 : adopt� par tous. Schapper ne participe pas au vote.
Art. 2 : adopt� par tous. Schapper de m�me.
Art. 3 : adopt� par tous. Schapper de m�me.
Schapper �l�ve une protestation contre tous. Nous sommes maintenant tout � fait s�par�s. J'ai des amis et connaissances � Cologne qui me suivront plus que vous.
Marx : Nous avons r�gl� cette affaire conform�ment aux statuts, et les d�cisions du Conseil central sont valables.
Apr�s lecture du proc�s-verbal, Marx et Schapper d�clarent qu'ils n'ont pas �crit � Cologne � propos de cette affaire.
On demande � Schapper s'il a une objection � �lever contre le proc�s-verbal. Il d�clare n'avoir rien � objecter, �tant donn� qu'il tient toute objection pour inutile.
Eccarius demande que le proc�s-verbal soit sign� de tous. Adopt�. Schapper d�clare qu'il ne le signerait pas.
Ainsi fait � Londres, le 15 septembre 1850.
Lu, ratifi� et sign�
K. Marx, pr�sident du Conseil central
F. Engels, secr�taire
K. Schramm
Henry Bauer
J.G.Eccarius
K. Pf�ender
Notes
[1] Cf. Marx, R�v�lations sur le proc�s
des communistes, 1852.
Les textes de la r�volution de 1848‑1849
s'ach�vent avec les proc�s-verbaux des r�unions de parti.
L'�chec de la tentative r�volutionnaire se r�percute sur
l'organisation, qui se d�sagr�ge et s'�teint pour une
p�riode assez longue.
Les d�bats des rares proc�s-verbaux qui sont parvenus
jusqu'� nous ont le plus haut int�r�t : toutes les
th�ses qui sont pass�es par l'�preuve du feu
r�volutionnaire s'y heurtent et y sont soumises � une
critique impitoyable. L'organisation formelle du parti
n'y r�sistera pas, en d�pit des efforts de Marx. Cependant,
la prochaine organisation qui na�tra profitera de la lutte et
de l'exp�rience de ces batailles de parti, et n'en sera
que plus forte.
Ces combats r�volutionnaires d'arri�re-garde au
sein m�me de l'organisation constituent les sommets de
l'activit� du parti ; c'est l� o� s'effectue la
synth�se vibrante de l'exp�rience d'une classe qui
vient de vivre ses moments les plus dramatiques et
cruciaux.
[2] Marx fait allusion au comit� central de la d�mocratie europ�enne, fond�e � Londres en juin 1850 � l'initiative de Mazzini et rassemblant les �migr�s politiques de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie des divers pays du continent.
[3] Faute d'avoir trouv� ce proc�s-verbal dans le texte original, nous le reprenons de la plume de Marx. Notons que certains passages en sont similaires � ceux du proc�s-verbal de la r�union du 17 septembre, mais des d�tails diff�rent, et ils ne manquent pas d'int�r�t, ce qui saute aux yeux si l'on compl�te un texte par l'autre.
[4] Cette formule d�finit
l'opportunisme, dont l'un des traits fondamentaux est
de pr�f�rer la voie la plus courte, la plus commode et la moins
ardue � la voie la plus longue, la plus difficile et la plus
h�riss�e d'obstacles, mais la plus directe. La voie directe
est celle o� l'action pratique imm�diate, dans la situation
donn�e du moment, r�pond le mieux aux principes et au programme
communistes, c'est-�-dire au but historique du
prol�tariat.
L'opportunisme n'est pas une tare morale, mais
l'expression de la pr�dominance politique dans les rangs
ouvriers de couches proches de la petite bourgeoisie (comme
Marx et Engels le montrent ici : la pr�dominance d'artisans
de type petit-bourgeois, et plus tard en Angleterre :
l'aristocratie ouvri�re), dont les positions sont plus ou
moins consciemment inspir�es par les id�es-m�res de la classe
dominante, et donc par ses int�r�ts sociaux.
De l'exp�rience am�re de tous les opportunismes
successifs � l'�chelle historique, il faut tirer
aujourd'hui cet avertissement : le parti doit �viter
toute d�cision et tout choix qui pourraient �tre dict�s par le
d�sir d'obtenir de bons r�sultats pour un travail et un
sacrifice moindres. Un tel d�sir peut sembler innocent, mais il
traduit la tendance des petits-bourgeois � la paresse, et il
ob�it au principe fondamental du capitalisme qui est
d'obtenir le maximum de profit pour le minimum de frais.
Marx et Engels ont fait de la r�gle contraire leur maxime de
vie, prenant sur eux les t�ches ingrates de � taupe �, et
fuyant la facilit� et la popularit�. Il pourrait sembler que
cette position ne se trouve pas � la lettre dans la tactique de
L�nine ; mais elle n'est qu'une g�n�ralisation pouss�e
de l'exp�rience historique, et L�nine �tait � l'�cole
de l'histoire.
Dans la Critique du projet de programme
social-d�mocrate de 1891, Engels d�finit
l'opportunisme ou imm�diatisme d'une mani�re classique
: � Cet oubli des grandes consid�rations essentielles
devant les int�r�ts passagers du jour, cette course aux succ�s
�ph�m�res et la lutte qui se livre tout autour, sans souci des
cons�quences ult�rieures [sur le programme et le but
communistes], cet abandon de l'avenir du mouvement que
l'on sacrifie au pr�sent, tout cela a peut-�tre des mobiles
honn�tes. Mais cela est et reste de l'opportunisme. Or,
l'opportunisme 'honn�te' est sans doute le plus
dangereux de tous. �
� chaque phase successive du mouvement ouvrier, les t�ches
deviennent non plus faciles, mais au contraire plus amples et
difficiles. L'opportunisme est alors toujours en retard
d'une phase.
La phase de l'insurrection arm�e et de la transformation
�conomique de la soci�t� arrach�e par la violence au contr�le
du capital est certes plus difficile que celle de la
pr�paration r�volutionnaire, de la constitution du prol�tariat
en classe. L'opportunisme qui se pr�sente toujours comme
parti d'action, de construction et de r�alisme ne
s'active alors que dans les r�formes possibles, reculant
devant les t�ches r�volutionnaires difficiles. En p�riode de
pr�paration r�volutionnaire, il �vite ainsi comme la peste le
travail ill�gal et ingrat pour se pavaner sur la sc�ne
politique du parlement o� il excelle, trouvant dans la m�thode
d�mocratique la forme commode d'une action l�gale et
rituelle.
Les braves artisans comme Schapper, qui exprimaient avec une
certaine logique leur impatience et leur paresse, �taient moins
dangereux et ne s�vissaient qu'en p�riode r�volutionnaire.
C'est pourquoi leur emprise id�ologique sur les masses
�tait bien moins ample, comme Marx le notera dans la suite de
son expos�. La social-d�mocratie, qui donnera infiniment plus
de fil � retordre � Marx-Engels, n'appara�tra que bien plus
tard, au cours de la p�riode de d�veloppement idyllique du
capitalisme, et ‑ h�las ‑ ne fera que se gonfler au
cours de la phase imp�rialiste et s�nile du capital.
[5] Si la lecture de Marx-Engels a un sens plus d'un si�cle apr�s qu'ils ont �crit leur th�orie dans le feu de la bataille, dans ses phases les plus diverses, leur critique des f�tichistes du peuple s'applique aujourd'hui � tous les communistes d�g�n�r�s, qu'ils rel�vent de Moscou ou de P�kin, mais qui se retrouvent tous pour tourner le dos au prol�tariat vivant et actuel pour adorer la masse confuse et hybride du peuple cher aux d�mocrates bourgeois classiques, mais surann�s.
[6] Cf. Marx-Engels, Werke, 8, texte �tabli d'apr�s le manuscrit.
[7] Il s'agit de l'Association allemande pour la formation des ouvriers que Marx-Engels quitteront ce jour m�me, parce qu'elle s'�tait rang�e aux c�t�s de la minorit� Willich-Schapper de la Ligue des communistes.
[8] De fait, le projet de Schapper, en coiffant toutes les communes d'Allemagne par une direction � Cologne, brisait l'unit� et le principe de centralisation de la Ligue des communistes. En transf�rant le centre pour les diff�rents pays � Cologne, le projet de Marx maintenait, au contraire, son unit�, sa centralisation et son internationalisme.
[9] En d�cembre 1850, le Conseil central de Cologne r�digera de nouveaux statuts d'apr�s les indications de Marx. Cf. Werke, 7, p. 565-567.
[10] Marx fait allusion � l' � Adresse du Conseil central � la Ligue � (mars 1850) que nous ne reproduisons pas ici, ainsi que celle fort importante de juin 1850, cf. en traduction fran�aise en annexe du volume �dit� par Costes, Karl Marx devant les jur�s de Cologne.
[11] Marx d�finit l'action politique
comme le domaine de la volont� par excellence. Dans la
conception id�aliste bourgeoise, l'�tat d�coule de
l'acte des innombrables volont�s souveraines des libres
citoyens d'un pays. Toute d�cision politique d�coule de
m�me d'une volont� et d’une conscience : toute
d�viation ou d�formation de la vision r�volutionnaire marxiste
tend � cette conception volontariste du d�veloppement social.
Au reste, tous les rapports de la soci�t� bourgeoise sugg�rent
irr�sistiblement l'id�e d'un choix politique, bien ou
mal fait, par la ou les volont�s. De la sorte, tout
opportunisme repose sur l'id�e qu'il existe une autre
voie ‑ plus courte et plus rapide ‑ que la volont�
doit imposer, ou qu'on peut modifier son influence
l'accro�tre ‑ aupr�s du grand nombre par des
manœuvres, des manipulations de programme, quitte �
revenir sur la voie initiale, comme si tout cela
n'entra�nait pas ses cons�quences (qui sont trop
mat�rielles pour �tre effac�es par un acte de volont�).
Certes, comme le dit Marx, les hommes font leur
histoire, mais non comme ils le pensent ni comme ils le
veulent. Toute la question est, en effet, de savoir comment les
hommes interviennent dans leur histoire. Aux yeux du marxisme,
ce sont les classes qui sont les grandes forces de
l'histoire, et leur lutte constitue le moteur du
d�veloppement. Dans la classe, l'uniformit� et le
parall�lisme des conditions cr�ent une force et constituent une
cause du d�veloppement historique. Mais l� encore l'action
pr�c�de la volont�, et � plus forte raison la conscience de
classe.
La classe devient sujet de conscience (c'est-�-dire de
buts programmatiques) quand s'est form� le parti, quand
s'est form�e la doctrine, au travers de dures luttes.
C'est dans la collectivit� plus restreinte constitu�e par
le parti que l'on commence, en tant qu'organe unitaire,
� trouver un sujet d'interpr�tation de l'histoire, de
ses possibilit�s et de ses voies. L'intervention
r�volutionnaire ne peut s'effectuer � tous moments, mais
seulement dans de rares situations dues � la compl�te
maturation des contradictions de la base productive. C'est
alors que le parti est non seulement un sujet de conscience,
mais de volont� ‑ li�e � des d�terminations mat�rielles
et � l'action pass�e et cette volont� est politique, en
s'appuyant sur des forces ou superstructures de
l'organisation de parti ou d'�tat. La classe trouve,
dans l'histoire, un guide dans la mesure o� les facteurs
mat�riels qui la meuvent se cristallisent dans le parti, et o�
celui-ci poss�de une th�orie compl�te et continue, une
organisation elle aussi universelle et continue, qui ne se fait
ni ne se d�fait � chaque tournant par des agr�gations et des
scissions.
[12] Marx fait allusion � l'Association allemande pour la formation des ouvriers.
[13] De 1848 � 1851 le parti
radical-d�mocratique petit-bourgeois de Ledru-Rollin porta le
nom de Montagne, en souvenir de l’aile radicale des
Jacobins si�geant � l'Assembl�e nationale de la R�volution
fran�aise.
La Presse, organe des r�publicains bourgeois de
1848‑1849, puis des bonapartistes.
[14] Les positions du parti
r�volutionnaire ‑ ou mieux de classe ‑ ne doivent
pas seulement synth�tiser l'exp�rience et les t�ches de la
r�volution, mais encore celles de la contre-r�volution.
Schapper en fournit un exemple ici, qui �clate dans les
divergences s�parant les deux tendances de la Ligue.
Les positions exprim�es par Marx sur la nature de la
r�volution en Allemagne, � savoir le d�roulement selon des
phases �conomiques, politiques et sociales n�cessaires
(d'abord phase bourgeoise, puis prol�tarienne), sont
dict�es non par les d�sirs ou la volont�, mais par le cours
mat�riel de 1’histoire vivante. La th�orie
r�volutionnaire doit englober les phases de la
contre-r�volution : les positions de Marx-Engels dans la
tourmente r�volutionnaire impliquaient effectivement qu'en
cas d'�chec de la tentative prol�tarienne l'histoire
mettrait � l'ordre du jour la lutte pour la r�volution
bourgeoise nationale, effectu�e finalement par Bismarck et
achev�e par la formation de l'Empire unitaire allemand. La
position de Schapper, en revanche, heurte toute l'�volution
ult�rieure, donc tous ses apports positifs et n�gatifs, qui
forment la base de l'assaut futur.
[15] Le 26 janvier 1894 encore, Engels �crivait � ce propos � Turati : � Apr�s la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques si�ges au gouvernement, mais toujours en minorit�. Cela est le plus grand danger. Apr�s f�vrier 1848 les d�mocrates socialistes fran�ais (La R�forme, Ledru-Rollin, L. Blanc, Flocon, etc.) ont commis la faute d'accepter de pareils si�ges. Minorit� au gouvernement des r�publicains purs (National, Marrast, Bastide, Marie), ils ont partag� volontairement toutes les infamies vot�es et commises par la majorit�, toutes les trahisons de la classe ouvri�re � l'int�rieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvri�re �tait paralys�e par la pr�sence au gouvernement de ces messieurs qui pr�tendaient l'y repr�senter. �
[16] De 1792 � 1794, la Commune dirigea en fait la lutte des masses vers l'application de diverses mesures r�volutionnaires par � une pression de l'ext�rieur �. Elle joua un r�le important dans le renversement de la monarchie, l'instauration de la dictature jacobine, l'introduction des prix maxima, l'adoption de la loi des suspects dirig�e contre les �l�ments contre-r�volutionnaires, etc. L'organisation de la Commune fut mise en pi�ces lors du coup d'�tat contre-r�volutionnaire du 9 Thermidor (27‑7‑1794).
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |