1917

Cette lettre, ainsi que Les bolch�viks doivent prendre le pouvoir fut discut�es � la s�ance du 15 (28) septembre 1917 du Comit� central, qui d�cida de convoquer le plus t�t possible une r�union du C.C. pour y d�battre des questions de tactique. La proposition de ne conserver qu'un seul exemplaire des lettres de L�nine fut mise aux voix. Par 6 votes contre 4 et 6 abstentions la r�union adopta cette proposition. Kam�nev, qui s'opposait � ce que le parti se fixe comme but de pr�parer  l'insurrection, soumit � la s�ance un projet de r�solution dirig� contre les propositions pr�sent�es par L�nine. Le C.C. repoussa la r�solution de Kam�n�v.

Téléchargement fichier zip (compressé) : cliquer sur le format de contenu désiré


Le marxisme et l'insurrection

L�nine

Lettre au comit� central du P.O.S.D. (b.) R.


Parmi les d�formations du marxisme, l'une des plus malveillantes et peut‑�tre des plus r�pandues par les partis � socialistes � r�gnants est le mensonge opportuniste qui pr�tend que la pr�paration � l'insurrection et, d'une mani�re g�n�rale, la fa�on de consid�rer l'insurrection comme un art [1], c'est du � blanquisme [2] �.

Le grand ma�tre de l'opportunisme, Bernstein, s'est d�j� acquis une triste c�l�brit� en portant contre le marxisme l'accusation de blanquisme, et, en fait, les opportunistes d'aujourd'hui ne renouvellent ni n'� enrichissent � d'un iota les pauvres � id�es � de Bernstein, quand ils crient au blanquisme.

Accuser les marxistes de blanquisme, parce qu'ils consid�rent l'insurrection comme un art ! Peut‑il y avoir plus criante d�formation de la v�rit� alors que nul marxiste ne niera que c'est justement Marx qui s'est exprim� sur ce point de la fa�on la plus pr�cise, la plus nette et la plus p�remptoire, en d�clarant pr�cis�ment que l'insurrection est un art, en disant qu'il faut la traiter comme un art, qu'il faut conqu�rir les premiers succ�s et avancer de succ�s en succ�s, sans interrompre la marche contre l'ennemi, en profitant de son d�sarroi, etc., etc.

Pour r�ussir, l'insurrection doit s'appuyer non pas sur un complot, non pas sur un parti, mais sur la classe d'avant-garde. Voil� un premier point. L'insurrection doit s'appuyer sur l'�lan r�volutionnaire du peuple. Voil� le second point. L'insurrection doit surgir � un tournant de l'histoire de la r�volution ascendante o� l'activit� de l'avant‑garde du peuple est la plus forte, o� les h�sitations sont les plus fortes (dans les rangs de l'ennemi et dans ceux des amis de la r�volution faibles, ind�cis, pleins de contradictions ; voil�le troisi�me point. Telles sont les trois conditions qui font que, dans la fa�on de poser la question de l'insurrection, le marxisme se distingue du blanquisme.

Mais, d�s lors que ces conditions se trouvent remplies, refuser de consid�rer l'insurrection comme un art, c'est trahir le marxisme, c'est trahir la r�volution.

Pour prouver qu'en ce moment pr�cis�ment le parti doit de toute n�cessit� reconna�tre que l'insurrection est mise l'ordre du jour par le cours objectif des �v�nements, qu'il doit traiter l'insurrection comme un art, pour prouver cela, le mieux sera peut‑�tre d'employer la m�thode de comparaison et de mettre en parall�le les journ�es des 3 et 4 juillet [4] et les journ�es de septembre.

Les 3 et 4 juillet, on pouvait sans p�cher contre la v�rit� poser ainsi le probl�me : il serait pr�f�rable de prendre le pouvoir sinon nos ennemis nous accuseront de toute fa�on de s�dition et nous traiteront comme des factieux. Mais on ne pouvait en conclure � l'utilit� de prendre alors le pouvoir, car les conditions objectives pour la victoire de l'insurrection n'�taient pas r�alis�es.

  1. Nous n'avions pas encore derri�re nous la classe qui est l'avant‑garde de la r�volution.
    Nous n'avions pas encore la majorit� parmi les ouvriers et les soldats des deux capitales [5]. Aujourd'hui, nous l'avons dans les deux Soviets. Elle a �t� cr��e uniquement par les �v�nements des mois de juillet et d'ao�t, par l'exp�rience des � r�pressions � contre les bolch�viks et par l'exp�rience de la r�bellion de Kornilov [6].
  2. L'enthousiasme r�volutionnaire n'avait pas encore gagn� la grande masse du peuple. Il l'a gagn�e aujourd'hui, apr�s la r�bellion de Kornilov. C'est ce que prouvent les �v�nements en province et la prise du pouvoir par les Soviets en maints endroits.
  3. Il n'y avait pas alors d'h�sitations d'une amplitude politique s�rieuse parmi nos ennemis et parmi la petite bourgeoisie incertaine. Aujourd'hui, ces h�sitations ont une grande ampleur : notre principal ennemi, l'imp�rialisme alli�, l'imp�rialisme mondial ‑ car les � Alli�s � sont � la t�te de l'imp�rialisme mondial ‑ a balanc� entre la guerre jusqu'� la victoire et la paix s�par�e contre la Russie. Nos d�mocrates petits‑bourgeois, qui ont manifestement perdu la majorit� dans le peuple, ont eu de profondes h�sitations, quand ils ont refus� de faire bloc, c'est‑�‑dire de se coaliser avec les cadets [7].
  4. C'est pourquoi, les 3 et 4 juillet, l'insurrection aurait �t� une faute : nous n'aurions pu conserver le pouvoir ni physiquement ni politiquement. Physiquement, bien que P�trograd f�t par instants entre nos mains, car nos ouvriers et nos soldats n'auraient pas alors accept� de se battre, de mourir pour la possession de P�trograd il n'y avait pas alors cette � exasp�ration �, cette haine implacable � la fois contre les K�renski et contre les Ts�r�t�li et les Tchernov ; nos gens n'avaient pas encore �t� tremp�s par l'exp�rience des pers�cutions contre les bolch�viks avec la participation des socialistes‑r�volutionnaires et des mench�viks.
    Politiquement nous n'aurions pas gard� le pouvoir les 3 et 4 juillet, car, avant l'aventure Kornilov, l'arm�e et la province auraient pu marcher et auraient march� contre P�trograd.

Aujourd'hui la situation est tout autre.

Nous avons avec nous la majorit� de la classe qui est l'avant‑garde de la r�volution, l'avant‑garde du peuple, capable d'entra�ner les masses.

Nous avons avec nous la majorit� du peuple, car le d�part de Tchernov, s'il est loin d'�tre le seul signe, est pourtant le signe le plus visible et le plus concret que la paysannerie ne recevra pas la terre du bloc socialiste‑r�volutionnaire (ni des socialistes‑r�volutionnaires eux‑m�mes). C'est l� le point essentiel, celui qui donne � la r�volution son caract�re national.

Nous avons pour nous l'avantage d'une situation o� le parti conna�t s�rement son chemin, en face des h�sitations inou�es de tout l'imp�rialisme et de tout le bloc des mench�viks et des socialistes‑r�volutionnaires.

Nous avons pour nous une victoire assur�e, car le peuple est d�sormais au bord du d�sespoir, et nous donnons � tout le peuple une perspective claire en lui montrant l'importance de notre direction � pendant les journ�es de Kornilov �, puis en proposant un compromis aux � hommes du bloc � et en recevant d'eux un refus qui est loin d'avoir mis un terme aux h�sitations le leur part.

La plus grave erreur serait de croire que notre offre de compromis n'a pas encore �t� repouss�e, que la Conf�rence d�mocratique [8] peut encore l'accepter. Le compromis a �t� propos� par un parti � des partis : il ne pouvait en �tre autrement. Les partis l'ont repouss�. La Conf�rence d�mocratique n'est qu'une conf�rence, rien de plus. Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'elle ne repr�sente pas la majorit� du peuple r�volutionnaire, la paysannerie appauvrie et exasp�r�e. C'est une conf�rence de la minorit� du peuple il ne faut pas oublier cette v�rit� �vidente. La plus grande erreur de notre part, le pire cr�tinisme parlementaire, serait de traiter la Conf�rence d�mocratique comme un parlement, car m�me si elle se proclamait parlement et parlement souverain et permanent de la r�volution, elle ne d�ciderait malgr�, tout de rien : la d�cision ne lui appartient pas; elle d�pend des quartiers ouvriers de P�trograd et de Moscou.

Toutes les conditions objectives d'une insurrection couronn�e de succ�s sont r�unies. Nous avons l'avantage exceptionnel d'une situation o� seule notre victoire dans l'insurrection mettra fin aux h�sitations qui ont exasp�r� le peuple et qui constituent un v�ritable supplice ; o� seule notre victoire dans l'insurrection donnera imm�diatement la terre � la paysannerie ; o� seule notre victoire dans l'insurrection fera �chouer les manoeuvres do paix s�par�e contre la r�volution, les fera �chouer par la proposition ouverte d'une paix plus compl�te, plus juste et plus proche, d'une paix favorable � la r�volution.

Seul enfin notre parti, apr�s, avoir remport� la victoire dans l'insurrection peut sauver P�trograd, car, si notre offre de paix est repouss�e et si nous n'obtenons pas m�me un armistice, alors c'est nous qui serons les partisans d'aller � jusqu'au bout �, c'est nous qui serons � la t�te des partis de la guerre c'est nous qui serons le parti � de la guerre � par excellence, nous m�nerons la guerre d'une fa�on vrai�ment r�volutionnaire. Nous enl�verons aux capitalistes tout leur pain et toutes leurs bottes. Nous leur laisserons les cro�tes, nous les chausserons de lapti. Nous donnerons au front tout le pain et toutes les chaussures.

Alors nous d�fendrons victorieusement P�trograd.

Pour une guerre v�ritablement r�volutionnaire, les ressources tant mat�rielles que morales sont encore immenses en Russie ; il y a 99 chances sur 100 pour que les Allemands nous accordent au moins un armistice. Et obtenir un armistice aujourd'hui, c'est vaincre le monde entier.


Ayant pris conscience que l'insurrection des ouvriers de P�trograd et de Moscou est absolument n�cessaire pour sauver la r�volution et pour sauver la Russie du partage � s�par� � que veulent les imp�rialistes des deux coalitions, nous devons, tout d'abord, adapter aux conditions de l'insurrection ascendante notre tactique politique �. la Conf�rence ; nous devons ensuite prouver que ce n'est pas seulement en paroles que nous acceptons la pens�e de Marx sur la n�cessit� de consid�rer l'insurrection comme un art.

Nous devons sans retard donner une coh�sion nouvelle � la fraction des bolch�viks qui si�gent � la Conf�rence sans nous laisser impressionner par le nombre, sans craindre de laisser les h�sitants dans le camp des h�sitants : ils seront plus utiles � la cause de la r�volution l�‑bas que dans le camp des combattants r�solus et d�vou�s.

Nous devons r�diger une courte d�claration des bolch�viks soulignant de la fa�on la plus cat�gorique l'inopportunit� des longs discours, l'inopportunit� des � discours � en g�n�ral, la n�cessit� d'une action imm�diate pour le salut de la r�volution, la n�cessit� absolue d'une rupture compl�te avec la bourgeoisie de la destitution de tous les membres du gouvernement actuel, d'une rupture compl�te avec les imp�rialistes anglo‑fran�ais qui pr�parent un partage � s�par� � de la Russie, la n�cessit� de faire passer imm�diatement tout le pouvoir aux mains de la d�mocratie r�volutionnaire guid�e par le prol�tariat r�volutionnaire.

Notre d�claration doit formuler de la fa�on la plus br�ve et la plus nette cette conclusion en liaison avec notre projet de programme : la paix aux peuples, la terre aux paysans, la confiscation des profits scandaleux et la r�pression contre le sabotage �hont� de la production par les capitalistes.

Plus notre d�claration sera br�ve, plus elle sera tranchante, meilleure elle sera. Il faut seulement y souligner encore deux points tr�s importants : le peuple est exasp�r� par les h�sitations, le peuple est d�chir� par l'ind�cision des socialistes‑r�volutionnaires et des mench�viks ; nous rompons d�finitivement avec ces partis, car ils ont trahi la r�volution.

Autre chose encore : en proposant tout de suite une paix sans annexions, en rompant tout de suite avec les imp�rialistes alli�s et avec tous les imp�rialistes, nous obtiendrons imm�diatement soit un armistice, soit le ralliement de tout le prol�tariat r�volutionnaire � la d�fense, et la poursuite par la d�mocratie r�volutionnaire, sous la direction de ce dernier, d'une guerre v�ritablement juste, v�ritablement r�volutionnaire.

Apr�s avoir lu cette d�claration, apr�s avoir r�clam� des d�cisions et non des paroles, des actes et non des r�solutions �crites, nous devons lancer toute notre fraction dans les usines et dans les casernes : c'est l� qu'est sa place, c'est l� qu'est le nerf vital, c'est de l� que viendra le salut de la r�volution, c'est l� qu'est le moteur de la Conf�rence d�mocratique.

C'est l� que nous devons dans des discours ardents, passionn�s, expliquer notre programme et poser ainsi la question : ou bien l'acceptation compl�te de ce programme par la Conf�rence, ou bien l'insurrection. Il n'y a pas de milieu. Impossible d'attendre. La r�volution p�rit.

La question ainsi pos�e, toute notre fraction �tant concentr�e dans les usines et dans les casernes, nous serons � m�me de juger du moment o� il faut d�clencher l'insurrection.

Et pour consid�rer l'insurrection en marxistes, c'est‑�‑dire comme un art, nous devrons en m�me temps, sans perdre une minute, organiser l'�tat‑major des d�tachements insurrectionnels, r�partir nos forces, lancer les r�giments s�rs aux points les plus importants, cerner le th��tre Alexandra [9], occuper la forteresse Pierre‑et‑Paul [10], arr�ter l'�tat‑major g�n�ral et le gouvernement, envoyer contre les �l�ves-officiers et la division sauvage [11] des d�tachements pr�ts � mourir plut�t que de laisser l'ennemi p�n�trer dans les centres vitaux de la ville ; nous devrons mobiliser les ouvriers arm�s, les appeler � une lutte ultime et acharn�e occuper simultan�ment le t�l�graphe et le t�l�phone, installer notre �tat-major de l'insurrection au Central t�l�phonique, le relier par t�l�phone � toutes les usines, � tous les r�giments, � tous les centres de la lutte arm�e, etc.

Tout cela n'est qu'approximatif, certes, et seulement destin� � illustrer le fait que, au moment que nous vivons, on ne peut rester fid�le au marxisme, rester fid�le � la r�volution, si on ne consid�re pas l'insurrection comme un art.

Écrit les 13-14 (26-27) septembre 1917.

Paru pour la premi�re fois en 1921 dans la revue � Prol�tarska�a R�volioutsia � n� 2.


Notes

[1] F. Engels, R�volution et contre‑r�volution en Allemagne. Cet ouvrage fut �crit par Engels et publi� en 1851‑1852, sous forme d'une s�rie d'articles dans le New York Daily Tribune, sign�s par Marx.

[2] Blanquisme  : courant du mouvement socialiste fran�ais dirig� par Louis‑Auguste Blanqui (1805‑1881). Les blanquistes substituaient les actions d'une poign�e de conspirateurs � l'activit� d'un parti r�volutionnaire et n�gligeaient la liaison avec les masses.

[3] L�nine fait allusion aux manifestations qui se d�roul�rent � P�trograd les 3 et 4 (16 et 17) juillet 1917.

Comme il fallait s'y attendre, l'offensive des troupes russes sur le front �choua. Soldats, marins et ouvriers indign�s par les agissements du Gouvernement provisoire qui avait ordonn� cette offensive condamn�e � l'avance, descendirent dans la rue. Les premiers � agir furent les soldats du I� r�giment de mitrailleurs de P�trograd, dans le quartier Vyborgska�a Storona, le 3 (16) juillet. La manifestation risquait de se transformer en une insurrection arm�e. A cette �poque, le Parti bolch�vik se pronon�ait contre l'insurrection arm�e, estimant que la crise r�volutionnaire n'�tait pas encore m�re. A la s�ance convoqu�e le 3 (16) juillet � 4 heures de l'apr�s‑midi, le Comit� central d�cida donc de renoncer aux actions et manifestations. La m�me d�cision fut prise par la II� conf�rence des bolcheviks de P�trograd‑ville qui se tenait au m�me moment. Ses d�l�gu�s se rendirent dans les usines et les quartiers pour d�tourner les masses de manifester. Mais le mouvement avait d�j� pris de l'envergure, et il ne fut plus possible de l'arr�ter.

Tenant compte cette situation, le Parti r�solut, le  3 (16) juillet, de prendre part � l'action, afin de lui conf�rer un caract�re pacifique et organis�.

L�nine �tait alors absent de P�trograd. Inform� des �v�nements, il revint d'urgence dans la capitale le 4 (17) juillet au matin pour diriger l'action  qui prenait de l'ampleur.

Le m�me jour, plus de 500 000 personnes manifest�rent sur les mots d'ordre bolch�viks : � Tout le pouvoir aux Soviets ! � et autres. Les manifestants exig�rent du Comit� ex�cutif central des Soviets qu'il prenne le pouvoir. Mais les s.‑r. et mench�viks refus�rent.

Avec le consentement du Comit� ex�cutif central o� dominaient les s.‑r. et les mench�viks, le Gouvernement provisoire lan�a contre les manifestants d�sarm�s des d�tachements d'�l�ves‑officiers et de cosaques qui ouvrirent le feu. Le Gouvernement provisoire fit rappeler du front des troupes contre-r�volutionnaires pour �craser l'action.

A une r�union du Comit� central et du Comit� de P�trograd qui se d�roula dans la nuit du 4 au 5 juillet, sous la direction de L�nine, la d�cision fut prise de faire cesser d'une mani�re organis�e les manifestations pour pr�server de la d�b�cle le gros des forces r�volutionnaires. Les s.‑r. et les mencheviks se firent pratiquement les complices de la r�pression. La manifestation r�prim�e, ils s'attaqu�rent, de concert avec la bourgeoisie, au Parti bolch�vik. La Pravda, la Soldatska�a Pravda et les autres journaux bolch�viks furent interdits par le Gouvernement provisoire. L'imprimerie � Troud � fut saccag�e. Le Gouvernement provisoire proc�da au d�sarmement des ouvriers ; arrestations en masse, perquisitions et massacres se multipli�rent. Les troupes r�volutionnaires furent retir�es de la garnison de P�trograd et envoy�es au front.

Apr�s les journ�es de juillet, le pouvoir passa enti�rement entre les mains du Gouvernement provisoire. La dualit� des pouvoirs et la p�riode pacifique de la r�volution �taient termin�s.

[5] P�trograd et Moscou.

[6] Il s'agit de la r�bellion dirig�e par le g�n�ral de l'arm�e tsariste Kornilov, commandant en chef. Les rebelles comptaient s'emparer de P�trograd, d�truire les organisations ouvri�res, dissoudre les Soviets et instaurer dans le pays une dictature militaire pour r�tablir ensuite la monarchie.

Le 25 ao�t (7 septembre), Kornilov dirigea le 3� corps de cavalerie sur P�trograd.

Le Parti bolch�vik se pronon�a pour tout faire pour mettre le putsch en �chec, tout en ne cessant pas de d�noncer le Gouvernement provisoire, ses complices socialistes‑r�volutionnaires et mench�viks. A l'appel du C.C. du Parti bolch�vik, les ouvriers de P�trograd commenc�rent rapidement � former des d�tachements de la Garde Rouge, des comit�s r�volutionnaires apparurent dans certaines r�gions, et l'offensive de Kornilov fut stopp�e.

[7] Cadets, membres du parti constitutionnel‑d�mocrate (K.-D.), principal parti de la bourgeoisie monarchiste lib�rale en Russie. Le parti fut fond� en octobre 1905 ; il comprenait des repr�sentants de la bourgeoisie, des propri�taires fonciers et des intellectuels bourgeois. Milioukov, Mouromtsev, Maklakov, Chingarev, Strouv� �taient parmi leurs chefs de file. Pendant la premi�re guerre mondiale, ils soutinrent acti�vement la politique ext�rieure annexionniste du gouvernement du tsar. Au cours de la r�volution de f�vrier, ils essay�rent de sauver la monarchie. Occupant une situation pr�pond�rante dans le Gouvernement provisoire bourgeois, les cadets men�rent une politique antipopulaire, contre‑r�volutionnaire.

Apr�s la victoire de la R�volution d'Octobre, les cadets furent des ennemis irr�conciliables du pouvoir sovi�tique.

[8] La Conf�rence d�mocratique de Russie fut convoqu�e par le comit� ex�cutif central des Soviets o� pr�dominaient les mench�viks et les socialistes‑r�volutionnaires, sous pr�texte de r�gler la question du pouvoir, le vrai but �tant de trouver un d�rivatif � la pouss�e r�volutionnaire grandissante. Fix�e au 12 (25) septembre, elle fut ajourn�e et se tint � P�trograd du 14 au 22 septembre (27 septembre‑5 octobre) 1917 avec plus de 1 500 participants. Les leaders mench�viks et s.‑r. firent tout le possible pour r�duire le nombre de repr�sentants ouvriers et paysans au profit des organisations petites‑bourgeoises et bourgeoises, qui s’y trouv�rent ainsi en majorit�.

Le C.C. du P.O.S.D.(b.)R., � sa s�ance du 3 (16) septembre, d�cida de prendre part � la Conf�rence, et envoya aux organisations de base du Parti une circulaire indiquant qu'il fallait � r�unir tous les efforts afin d'assurer la pr�sence � la Conf�rence du groupe le plus nombreux et le plus uni possible �. En acceptant de participer � la Conf�rence, les bolch�viks voulaient en utiliser la tribune pour mettre en accusation les mench�viks et les s.‑r.

Dans sa lettre au Comit� central, aux comit�s de P�trograd et de Moscou du P.O.S.D.(b.) R., intitul�e � les bolcheviks, doivent prendre le pouvoir � et dans la lettre au C.C. � Le marxisme et l'insurrection �, L�nine d�termina l'attitude des bolch�viks � l'�gard de la Conf�rence d�mocratique.

La Conf�rence d�cida de former un Pr�parlement (Conseil provisoire de la R�publique), qui devait donner l'impression que le r�gime parlementaire �tait instaur� en Russie. Or, selonl'arr�t� adopt� par le Gouvernement provisoire lui‑m�me, le Pr�parlement ne devait jouer qu'un r�le consultatif  A la r�union des bolch�viks participants � la Conf�rence d�mocratique, convoqu�e par le Comit� central du Parti, il fut d�cid� par 77 voix contre 50 de prendre part au Pr�parlement.

Dans ses articles � Les champions de la fraude et les erreurs des bolch�viks �, � Notes d'un publiciste �, � Les erreurs de notre Parti � et � La crise est m�re �, L�nine critiqua les erreurs tactiques commises par les bolch�viks vis‑�‑vis de la Conf�rence d�mocratique : il exigea que les bolch�viks quittent le Pr�parlement, en soulignant la n�cessit� de concentrer tous les efforts sur la pr�paration de l'insurrection, contra la position d�fendue par  Kam�nev et autres qui pr�conisaient la participation. Le 7 (20) octobre, le jour de l'ouverture du Pr�parlement, les bolch�viks donn�rent lecture d'une d�claration et quitt�rent le Pr�parlement.

[9] Th��tre Alexandra  : th��tre de P�trograd o� si�gea la Conf�rence d�mocratique.

[10] Forteresse Pierre‑et‑Paul  : forteresse situ�e sur la N�va, en face du Palais d'Hiver ; sous le tsarisme servait de lieu de d�tention des prisonniers politiques ; poss�dait un �norme arsenal et �tait un point strat�gique important de P�trograd.

[11] La division sauvage fut form�e pendant la guerre de 1914‑1918 � partir de volontaires recrut�s parmi les peuples montagnards du Caucase du Nord. Le g�n�ral Kornilov essaya de les utiliser comme fer de lance de son offensive contre P�trograd.


Archives Lenine Archives Internet des marxistes
Haut de la page Sommaire