"(...) le prol�tariat mondial, le prol�tariat de chaque pays, abordent une �tape d�cisive de leur histoire : il leur faut reconstruire enti�rement leur propre mouvement. La crise du stalinisme (...) s'ampliie au moment o� le mode de production capitaliste pourrissant s'avance vers des convulsions mortelles, qui riquent d'entrainer l'humanit� toute enti�re dans la barbarie. (...) De cette crise des appareils naissent les possibilit�s de reconstruire la IV� Internationale." |
D�fense du trotskysme (2)
"Nouvelles avant-gardes" ? Non ! Reconstruction de la IV� Internationale !
Deux ans plus tard, que reste-t-il des � id�es de Mai � ? Rien ! La raison en est fort simple, il n'y eut jamais � d'id�es de mai �. Cette engageante appellation servait d'�tiquette aux vieilles camelotes id�ologiques. La Sorbonne, Censier, apr�s Nanterre, �taient devenus des march�s aux puces id�ologiques. L'ex‑J.C.R. voulut rassembler toute la quincaillerie intellectuelle. Weber et Bensa�d manifestent leur extr�me satisfaction lorsqu'ils �voquent le meeting du 9 mai � la Mutualit� :
� La J.C.R. tient meeting dans la grande salle de la Mutualit�. Cette r�union est pr�vue de longue date. Elle porte un titre proph�tique : � la jeunesse de la R�volte � la R�volution �, les leaders des principaux mouvements �tudiants doivent y prendre la parole. Daniel Cohn‑Bendit, demande � la J.C.R. d'ouvrir son meeting � tout le mouvement. Apr�s les interventions des orateurs pr�vus, on pourrait reprendre et conclure les d�bats amorc�s boulevard Saint‑Michel. Nous acceptons la proposition. � (Idem page 130).
L'ex‑J.C.R. avant d'�tre dissoute par le gouvernement se dissolvait politiquement elle‑m�me. Elle se situait � sa juste place parmi l'ar�opage de la � nouvelle avant‑garde �, et offrait sa tribune au � substitut provisoire du parti r�volutionnaire �, aux multiples incarnations. C'est � ce meeting que :
� Ernest Mandel pr�sente une remarquable analyse de la r�volte �tudiante dans les centres imp�rialistes, fond�e sur une nouvelle appr�ciation de la place qu'occupe la force de travail intellectuelle, dans le processus de production. Enfin, toutes les composantes du mouvement �tudiant exposent � loisir leur point de vue sur l'�tat pr�sent de la lutte et les perspectives d'avenirs �
Bensa�d fait preuve de la meilleure volont� :
� Dressant le bilan de l'exp�rience du � 22 Mars � il invite tous les groupes d'avant‑garde � s'int�grer dans le mouvement. Il faut que les groupuscules comprennent que le d�veloppement de l'avant‑garde d�pend de l'essor du mouvement des masses et qu'en cons�quence, ils aient � cœur d'assurer sa progression. Il ne s'agit nullement de se fondre dans le mouvement et d'y dispara�tre. Il s'agit d'abandonner l'attitude groupusculaire qui consiste � chercher en toute occasion � imposer sa griffe et � imposer son label au d�pens du mouvement de masse. �
Daniel Cohn‑Bendit, nomm� � co‑pr�sident du meeting �, exige plus encore, il
� se d�clare d'accord avec Bensa�d � sauf sur la question du parti r�volutionnaire �. Reprenant largement le th�me de l'int�gration dans le mouvement de masse, il adjure les groupuscules de rejeter l'esprit de chapelle dans lequel il voit une r�surgence des traditions staliniennes propres au mouvement communiste fran�ais. Il y a place pour un mouvement de masse unique regroupant dans l'action tous les groupes se situant sur la gauche du P.C. Un tel mouvement s'organiserait � la base en commissions et comit�s qui �laboreraient souverainement leur ligne d'intervention. � (Idem pages 130 et 131).
Sur la lanc�e de Bensa�d il d�veloppe l'attaque contre la construction du parti r�volutionnaire, contre le bolchevisme, en invoquant le stalinisme. Le meeting donnera �galement l'occasion au responsable de l'U.J.C.M.L. de reprendre contre Trotsky et le trotskysme les calomnies staliniennes.
� Enfin, intervient Jean‑Louis Peninou, animateur du M.A.U. � heureusement pour nous, dit‑il, le gouvernement n'a pas recul� hier soir, car dans ce cas, nous reculions aussi. Le mouvement, malgr� son extraordinaire capacit� de combat a montr� � quel point il �tait vuln�rable. Tant que nous. ne serons pas organis�s, toutes les r�cup�rations, tous les compromis seront possibles. Nous n'avons pas besoin d'un Comit� central de gr�ve, c'est le r�le de l'U.N.E.F. et du S.N.E.Sup, dans les conditions actuelles de remplir les fonctions de porte‑parole et de centre coordinateur du mouvement. Il nous faut des comit�s � la base pour organiser l'unit� de la base dans l'action et surtout pour l'action. �
La � nouvelle avant‑garde �, les t�tes multiples du � substitut provisoire au parti r�volutionnaire � ayant parl�, Weber et Bensa�d concluent, satisfaits :
� De ces d�bats se d�gage une attitude commune. Sur le plan politique, elle se d�finit par la volont� de poursuivre jusqu'� son terme l'�preuve de force engag�e dans l'espoir d'ouvrir une crise majeure dans la soci�t� politique fran�aise. Sur le plan organisationnel, elle se d�finit par le respect de l'autonomie du mouvement de masse, qu'il ne s'agit pas de � chapeauter � ou de � noyauter �, mais d'organiser � la base sur des th�mes de contestation radicale de l'Universit� et dans la ligne d�j� appliqu�e � Nanterre : de la contestation de l'Universit� � la contestation de la soci�t� bourgeoise. � (Idem page 13 3).
Ce meeting, enti�rement domin� par Cohn‑Bendit �tait une premi�re esquisse de � l'unit� des r�volutionnaires �. Il illustre ce que furent les � id�es de Mai � : un m�lange d'anarchisme d�g�n�r�, d'anticommunisme, et d'id�ologie �manant de la C.F.D.T. et du P.S.U. Mais si rances que soient les � id�es de Mai �, elles poursuivent leur chemin. Une fois de plus les ren�gats de la IV� Internationale en sont les champions. L'illustre comp�re de Janus‑Germain‑Mandel, Livio Maitan, au IX� Congr�s mondial des pablistes, les d�veloppaient sous une autre forme :
� La perspective fondamentale, la seule r�aliste pour l'Am�rique Latine est celle d'une lutte arm�e susceptible de durer de longues ann�es. C'est pourquoi, la pr�paration technique ne saurait �tre con�ue tout simplement comme l'un des aspects du travail r�volutionnaire mais comme l'aspect fondamental, dans les pays o� les conditions minima ne sont pas encore r�unies... l'axe principal sera pour toute une p�riode la guerilla rurale... m�me si l'initiative appara�t au d�but comme venant de l'ext�rieur ou unilat�rale (ce fut le cas de la gu�rilla bolivienne du Che). �
Cette politique exige :
� l'int�gration dans le courant r�volutionnaire historique repr�sent� par la r�volution cubaine et l'O.L.A.S., ce qui implique, au‑del� des formes, int�gration dans le front r�volutionnaire continental que l'O.L.A.S. constitue. �
Les m�mes id�es, la m�me m�thode, se retrouvent : en mai‑juin 68, les �tudiants �taient les protagonistes du cycle provocation‑r�pression‑mobilisation, en Am�rique Latine ce sera � la gu�rilla rurale... M�me si l'initiative appara�t au d�but comme venant de l'ext�rieur ou unilat�rale �. Surd�termination de la lutte des classes ; dissolution politique, sinon organisationnelle, de l'organisation qui pr�tend construire le parti r�volutionnaire � l'int�rieur d'un conglom�rat de courants et tendances anim�s par les id�ologies petites‑bourgeoises ; anarchisme d�g�n�r� de Cohn‑Bendit, gu�rillisme populiste de Che Guevara sont les ingr�dients de cette mixture politique ; recherche de forces sociales et politiques ext�rieures au prol�tariat qui se substituent � lui, et n�cessairement lutte contre la conception bolchevique du parti r�volutionnaire ; bien que naturellement aucune comparaison ne puisse �tre faite, en tant qu'hommes et combattants, entre le � jeanfoutre � Cohn‑Bendit et Che Guevara qui sacrifia sa vie � ses id�es. Le pablisme a connu et conna�tra maintes p�r�grinations politiques, il reste constamment fid�le � lui‑m�me en ceci : recherche d'un substitut dans la lutte de classe au prol�tariat, recherche d'un substitut � la lutte pour la construction du parti r�volutionnaire. Hier, les pablistes pr�voyaient que la bureaucratie du Kremlin serait contrainte au cours de � la guerre qui venait � d'exproprier la bourgeoisie mondiale, de r�aliser les t�ches de la r�volution prol�tarienne, ils estimaient que la construction du socialisme durerait des si�cles : � l'entrisme sui generis � �tait la conclusion logique de cette analyse. Plus tard � l'�picentre de la r�volution � fut enfin trouv� : les pays �conomiquement arri�r�s. Et les partis petits-bourgeois ‑ F.L.N. alg�rien, mouvement du 26 juillet cubain, M.N.R. bolivien, jusqu'aux Panth�res Noires, etc. ‑ devenaient les exemples types de partis r�volutionnaires. D�sormais, les nouvelles d�couvertes th�oriques de Germain‑Mandel l'affirment, les intellectuels et apprentis intellectuels sont les moteurs de la lutte des classes � dans les centres imp�rialistes � tandis que son coll�gue Livio Maitan s'en remet, en ce qui concerne l'Am�rique Latine, � la gu�rilla m�me � import�e de l'ext�rieur et unilat�rale �. En cons�quence : en mai-juin 68 l'ex‑J.C.R. se dissolvait politiquement au sein de la � nouvelle avant-garde �, et, aujourd'hui, les organisations latino-am�ricaines pablistes doivent � s'int�grer � l'O.L.A.S. �. Il y aura d'autres variations. D�j�, certaines se sont produites. A l'origine � Rouge � se proposait, sans programme, sans ligne politique d�finie, sans fronti�res, de rassembler � la nouvelle avant-garde �. Les meneurs de jeu esp�raient faire accepter par des tours de passe-passe les positions du Secr�tariat Unifi� et tirer les ficelles d'une organisation mal d�finie politiquement. Il fallut d�chanter : b�tement, la � minorit� � s'en tint aux �crits de Weber et Bensa�d qui �crivaient :
� Il n'y a pas d'avant-garde auto‑proclam�e. Le mouvement pr�sent est l'�preuve de v�rit� dans laquelle chacun sera jug� � sa juste mesure. � (Idem page 130).
Elle r�plique : fonder la Ligue communiste, adh�rer au Secr�tariat Unifi�, c'est � s'auto‑proclamer avant-garde �. Car:
� Il est faux que nous ayons �t� capables (en mai-juin 68 et apr�s) d'ouvrir au mouvement les perspectives politiques et organisationnelles, c'est‑�‑dire de jouer effectivement le r�le d'avant-garde... notre acquis th�orique... Nous contestons que cet acquis nous ait permis de fournir au mouvement de masse de r�elles perspectives politiques et organisationnelles... point 9 du pr�ambule (du texte de la tendance majoritaire) il est dit : � parce que nous comprenons la n�cessit� d'une organisation et sa vocation internationale nous pensons aujourd'hui constituer l'avant-garde �. Donc, nous constituons l'avant-garde non parce que nous sommes capables de faire faire aux masses l'exp�rience pratique de leur situation de classe mais bien parce que... nous comprenons la n�cessit� d'une organisation ! � La compr�hension de la n�cessit� d'une organisation internationale � est d'abord pos� en tant que telle d�tach�e des t�ches politiques que l'organisation a � remplir, et de sa capacit� � les remplir effectivement (f�tichisme d'organisation) ; ensuite, cette m�me compr�hension f�tichis�e de l'organisation d'avant-garde est � son tour pos�e comme crit�re de notre nature d'avant-garde ! D�s lors nous sommes une avant-garde ! D�s lors nous sommes une avant-garde autoproclam�e... Parce que nous comprenons et acceptons le f�tichisme d'organisation. � (textes minoritaires, page 32, Rouge, n� 6‑7).
Selon la � m�thode �, et en se situant sur le terrain de Weber, Bensa�d, Frank, Germain, les � minoritaires � ont raison. Les promoteurs de la Ligue Communiste affirment bien :
� La Ligue est la continuation actuelle d'un courant fondamental du mouvement ouvrier, de Marx � L�nine et Trotsky, le marxisme r�volutionnaire ‑ sans compromission th�orique aucune. Elle se sert de ses acquis fondamentaux pour �laborer ses propres analyses �.
Mais ils ajoutent tout aussit�t :
� La fondation de la Ligue regroupe et d�limite un courant que nous estimons essentiel pour la construction du Parti R�volutionnaire. Mais la Ligue n'est pas le Parti et le Parti ne sera pas construit le jour o� la Ligue sera suffisamment pleine. Ce qui manque pour que la Ligue soit un parti, c'est outre une implantation ouvri�re, un programme pr�cis permettant � la classe ouvri�re de se reconna�tre dans � Rouge � et par cons�quent � � Rouge � de diriger les actions de la classe ouvri�re. �.
Sans programme, sans politique, sans strat�gie, il est, en effet, difficile � la classe ouvri�re de se reconna�tre en � Rouge �. Il ne saurait �videmment �tre question que � Rouge � dirige les actions de la classe ouvri�re, ou m�me intervienne, sauf sur des improvisations, � l'int�rieur de la classe ouvri�re. D'autant que les promoteurs de � Rouge � pr�cisent :
� Aucun courant ne poss�de aujourd'hui ce programme. Nous pensons que l'intervention politique de � Rouge � dans ce domaine peut-�tre d�cisive notamment par sa capacit� d'explication. Cependant, des �l�ments de programme (des �l�ments, rien que des �l�ments) doivent na�tre tout autant de la confrontation de militants organis�s (Lutte Ouvri�re, divers courants M.L., Rouge, etc.) face aux m�mes probl�mes de la r�flexion th�orique de notre organisation � partir de ses th�ses propres. � (Idem pages 13 et 14).
Qu'est‑ce que Rouge et la Ligue Communiste, sinon des � r�f�rences th�oriques � (comme ils disent) et l'auto‑ proclamation d'une avant-garde sur un terrain purement organisationnel � national et international � ?
Les repr�sentants de la � tendance majoritaire � Abrahamovici et Stein, �crivant un texte, � La fin de l'histoire � (B.D.R. N� 15), ils restent d'airain :
� De tout ceci, il ressort qu'il y a � la base des interpr�tations de Rivi�re et Creach une m�connaissance qui a d� entra�ner un certain nombre de confusions entre strat�gie et tactique (� propos de l'entrisme) ou entre programme et th�orie : le programme comme synth�se des exp�riences du mouvement ouvrier n'est pas un dogme et on ne saurait pr�tendre avoir un v�ritable programme tant qu'on ne sera pas intervenu comme avant-garde effective et non plus potentielle. � (Idem page 42).
Mais � la fin de l'histoire � prend ensuite l'allure d'une retraite pr�cipit�e que sonne un certain G�rome !! En arri�re toute. Souvenons-nous. Mais si nous avons un programme. Ne sommes‑nous pas � trotskystes � :
� Dans la vie, les textes programmatiques de base qui fondent la IV� Internationale et, en particulier, le programme de transition ne sont pas sortis du cr�ne d'un id�ologue, f�t‑ce Trotsky lui‑m�me, mais ont �t� �labor�s longuement et en particulier par Trotsky, comme un bilan th�orique du marxisme et du bolch�visme et comme un pronostic politique et organisationnel pour toute une p�riode historique �galement d�duit de cette longue exp�rience. Tant vaut la m�thode, tant valent les produits �. (Texte de la tendance majoritaire B.D.R., n� 16, page 48).
Ce qui �tait consid�r� comme du vinaigre (page 42, B.D.R. 15), est devenu un grand cru (page 46, B.D.R. 16), en quelques pages et un seul bulletin des diffuseurs de � Rouge �. Ce breuvage ne supportera pas la bouteille. D�j� quelques lignes plus loin, G�rome explique :
� Il est �vident que le programme n'est pas un objet que l'on porte en se contentant d'en pr�server les approches (version lambertiste). Un programme est vivant et doit �tre fructifi� ou d�g�n�rer et le probl�me en 1969, doit �tre pos� sous la forme : la IV� Internationale (entendons les ren�gats de la IV� Internationale), apr�s la mort de Trotsky, a-t‑elle enrichi, renforc�, d�velopp� son programme, ou au contraire l'a‑t‑elle laiss� se d�composer en id�ologie? �
En d'autres termes : l'a-t-elle lac�r�, reni�, a‑t‑elle piquet� ici et l� des � id�es �, et remplac� le Programme de Transition par une soupe �clectique ? Rendons acte � G�rome, cela fut fait, et bien fait. Nuls autres que les � majoritaires � n'en t�moignent, qui remettent � un temps ind�termin� l'�laboration � d'un v�ritable programme �. La mesquine astuce d'en appeler soudain au programme de fondation de la IV� Internationale, longtemps vilipend�, abandonn�, trahi, contre une tendance qui eut le tort de d�velopper de fa�on cons�quente les � principes � qui furent � l'origine de � Rouge �, s'explique en fonction du besoin politique des ren�gats de la IV� Internationale de disposer � d'une section fran�aise �. Elle fit long feu. Le dialogue a repris avec d'autres courants, d'autres tendances : Lutte Ouvri�re d'un c�t�, et, de l'autre, l'organisation, oh ! combien ouvri�re et r�volutionnaire qu'est le P.S.U. expression sur le plan politique de l'id�ologie que v�hicule la C.F.D.T. La logique du pablisme conduit � la liquidation de l'organisation pabliste elle‑m�me � au sein du mouvement (dit) r�el des masses �. Et ce � mouvement (dit) r�el des masses � est toujours l'apparence imm�diate ; la soi-disant � d�l�gation de pouvoir � ainsi que Germain‑Mandel qualifie les appareils bureaucratiques ; la petite-bourgeoisie plus ou moins radicale des pays �conomiquement arri�r�s ; les expressions petites-bourgeoises de la crise de l'imp�rialisme et de la bureaucratie du Kremlin, comme en mai-juin 68 en France.
L'aisance � se renier des ren�gats de la IV� internationale est stup�fiante. Ils se � lib�rent � de la � tactique � de � l'entrisme sui-generis � superbement. Un certain Samuel chante le De profondis de la � tactique entriste � : �la tactique entriste a v�cu �. � Construisons la Ligue pour construire le Parti. � Lest� d'une pierre au cou et balanc� par‑dessus bord, le cadavre de la � tactique entriste � revient tout de m�me � la surface. Selon Samuel la �tactique de l'entrisme sui-generis � proc�dait de l'appr�ciation suivante :
� La perspective la plus probable est celle de la guerre qui vient... Si donc on peut s'attendre � une certaine �volution � gauche des P.C. l'�ventualit� la plus probable est n�anmoins l'apparition de rupture en leur sein ne produisant pas d'embl�e des partis marxistes r�volutionnaires, mais des formations centristes de gauche dans lesquelles les trotskystes auront � jouer un r�le d�terminant... De fait l'analyse conjoncturelle que fondait l'entrisme s'est r�v�l�e fausse. Jusqu'en 1953, elle semblait �tre confirm�e par les faits. La campagne d'hyst�rie anticommuniste battait son plein aux U.S.A. La guerre de Cor�e semblait pr�figurer la conflagration mondiale. Le P.C.F. d�veloppait pour la premi�re fois depuis 1930 une nouvelle � phase gauche � (rampes de fus�es V2 jet�es � la mer, manifestation quasi-insurrectionnelle contre Ridgway‑la‑peste, etc.). Mais en r�alit� la bourgeoisie am�ricaine ne voulait pas d'un nouveau conflit et aux U.S.A. m�mes, la guerre de Cor�e �tait impopulaire. L'erreur fondamentale d'appr�ciation se situait dans l'analyse des perspectives �conomiques. Comme tout le monde, le secr�tariat international s'attendait � de graves r�cessions en Occident. Or, on devait assister au contraire � un extraordinaire � boom � �conomique (le � boom � de la guerre de Cor�e). A la surprise de tous les th�oriciens marxistes et bourgeois, l'�conomie capitaliste amor�ait une phase de longue expansion. Le capitalisme international n'�tait pas accul� � la guerre. D�s 1953 apparaissaient les premiers signes de d�tente. La politique de guerre froide ne survit pas � Staline. Bient�t les successeurs au Kremlin reprendront le cours de la � coexistence pacifique �. (Cahiers Rouge, n� 6‑7, pages 119‑120).
La � r�solution du C.E.I. � (d�cembre 1969) qui tire � le bilan de l'entrisme � est beaucoup plus discr�te. Elle jette un voile sur ce � lointain pass� �. Mais l'un et l'autre de ces textes escamotent l'essentiel : l'analyse � qui fondait l'entrisme sui generis � n'�tait pas � conjoncturelle �, elle r�visait fondamentalement le marxisme. Pablo l'entreprenait, Frank, Germain et consorts l'ent�rinaient. Que ces messieurs se souviennent :
� La r�alit� sociale objective pour notre mouvement est compos�e essentiellement du r�gime capitaliste et du monde stalinien. Du reste, qu'on le veuille ou non, ces deux �l�ments constituent la r�alit� objective tout court, car l'�crasante majorit� des forces oppos�es au capitalisme se trouvent actuellement dirig�es ou influenc�es par la bureaucratie sovi�tique. � (� O� allons‑nous ? �, Quatri�me Internationale, f�vrier‑mars 1951, page 40).
Et encore .
� Le vrai rapport des forces entre l'imp�rialisme et les forces qui lui sont oppos�es, ne se mesure pas simplement sur le plan des ressources mat�rielles et techniques r�ciproques mais aussi sur le plan des rapports sociaux, des rapports de classes ( ... ) l'�lan r�volutionnaire des masses dress�es contre l'imp�rialisme s'ajoute comme une force suppl�mentaire aux forces mat�rielles et techniques qui combattent cet imp�rialisme. � (Idem page 42).
La bureaucratie du Kremlin, et son appareil international, devenait la force motrice de l'histoire, et le prol�tariat lui �tait subordonn�. L'essentiel �tait � les forces mat�rielles et techniques � dont la bureaucratie du Kremlin disposait. Cette nouvelle appr�ciation des forces motrices de l'histoire �tait �tendue, g�n�ralis�e, � tous les appareils bureaucratiques. L'analyse � rectifi�e � des perspectives �conomiques ne � rectifiait � en rien la m�thode, au contraire, elle en proc�dait. Il suffit de rappeler comment Germain‑Mandel � rectifie � L�nine pour s'en convaincre. En mai 1965 Pierre Frank �crivait une brochure intitul�e � Construire le parti r�volutionnaire �. La puissance d'analyse de Frank est impressionnante : il � construit le parti r�volutionnaire �, sans avoir besoin de faire, ne serait‑ce qu'une seule fois, une r�f�rence � la lutte des classes. Sont absents de sa brochure �crite en 1965 : la gr�ve g�n�rale d'ao�t 1953, juin 1953 en Allemagne de l'Est, la r�volution hongroise des Conseils de novembre 1956 et l'Octobre polonais, la gr�ve g�n�rale belge de 1960‑1961, la gr�ve des mineurs fran�ais de mars‑avril 1963. Il faut le faire ! Seul, un � secr�taire de l’Internationale � pouvait r�aliser ce tour de force, � condition d'�tre plong� jusqu'� la racine des cheveux dans � le mouvement r�el des masses �. Il conclut sur un air de fanfare :
� Actuellement, nous sommes dans une p�riode de flux r�volutionnaire puissant (m�me s'il est accompagn� ici ou l� de revers temporaires partiels et de la stagnation non moins temporaire en Europe occidentale) et ce flux signifie la reconstitution du programme r�volutionnaire sur une grande �chelle en d�pit de l'immense confusion th�orique et politique existant dans les organisations.
N’y-a-t-il rien de plus remarquable que des ph�nom�nes comme celui de la red�couverte sous une forme encore grossi�re et approximative de la th�orie de la r�volution permanente par les Chinois ? Ou bien le d�veloppement de la r�volution cubaine qui a hiss� sa direction, partant d'un humanisme sinc�re jusqu'au marxisme-l�ninisme, et portant cette direction � un niveau politique sup�rieur � celui des vieilles directions qui avaient appris le marxisme � l'�cole stalinienne ? � (page 28).
Toujours et encore, les appareils bureaucratiques, ou la petite bourgeoisie radicale, sont investis de la mission historique du prol�tariat et du parti r�volutionnaire. Le � spontan�isme �, l'alignement et la dissolution au sein de la � nouvelle avant-garde �, du � substitut provisoire au parti r�volutionnaire �, participent de la m�me m�thode. Les r�sultats sont d�monstratifs. Rappelons‑nous :
� Toute attitude r�volutionnaire doit s'affirmer contre un milieu qui lui est hostile consciemment ou inconsciemment ; elle ne peut se d�velopper intellectuellement car, de m�me que la classe ouvri�re russe �tait spontan�ment trade‑unioniste, de m�me spontan�ment la classe ouvri�re fran�aise est spontan�ment stalinienne et il lui faut aller contre ce stalinisme qui impr�gne toute l'existence ouvri�re. Il est plus difficile d'aller contre ce stalinisme que contre la spontan�it� trade-unioniste car le stalinisme est organis� d�s le d�part, il a une intervention politique directe et des r�f�rences id�ologiques � r�volutionnaires �. Le stalinisme d�forme toutes les expressions autonomes de la lutte de la classe, ce qui rend difficile la prise de conscience directe et totale de son r�le de frein �. (Texte majoritaire. Cahiers � rouge � n� 6‑7, page 42).
� La classe ouvri�re fran�aise est spontan�ment stalinienne � ? Pourquoi la classe ouvri�re fran�aise seulement ? Si � la classe ouvri�re fran�aise est spontan�ment stalinienne �, les prol�tariats en g�n�ral sont spontan�ment staliniens. Il faut savoir : si � le prol�tariat est spontan�ment stalinien � cela vient n�cessairement de ce que le stalinisme exprime ses besoins et tendances profondes. Alors le stalinisme n'a nul besoin de � d�former toutes les expressions autonomes de la classe �, l'un et l'autre se correspondent. Il en r�sulte : ou que la classe ouvri�re � a la direction qu'elle m�rite � ou que le stalinisme (la d�l�gation de pouvoir) r�alise ce dont le chargeait Pablo, la r�volution socialiste (au cours des si�cles de transition). La politique des ren�gats de la IV� Internationale se d�place entre ces deux p�les en fonction du temps et des circonstances. Sans qu'ils l'aient pr�vu, le mouvement des �tudiants, la gr�ve g�n�rale de mai-juin 68, les firent rompre avec � la tactique de l'entrisme sui generis �. Ils crurent que les poses et incantations pouvaient tenir lieu de politique, et donner � la classe ouvri�re le sens du � sublime � r�volutionnaire qui lui manquerait :
� le jeu‑kermesse culminait dans le grand d�fil� euphorique � travers Paris et d'une fa�on plus intime, jeu‑gu�rilla, jeu‑plan�taire, dans le sens o� enfin les �v�nements permettaient de mimer s�rieusement (comme tout grand jeu) les barricades de l'histoire de France et les gu�rillas de Che Guevara... constituaient un v�ritable nouveau langage par lequel le mouvement �tudiant s'adressait � la classe ouvri�re, par‑dessus la t�te des directions bureaucratiques. Les manifestations pseudo‑insurrectionnelles, les for�ts de drapeaux rouges, les barricades, les occupations de Facult�s, toutes ces transpositions inspir�es de la tradition ouvri�re, constituaient finalement un ensemble s�mantique... Ce langage nouveau le prol�tariat allait l'entendre, puis, � son tour, le parler � (Mai-juin 68 : une r�p�tition g�n�rale, page 143).
Ils crurent faire l'�conomie de la construction du parti r�volutionnaire. L'imagination aidant, ils ont m�me vu
� Les ouvriers les plus r�solus, les plus combatifs qui demandent � venir � la Sorbonne, qui se reconnaissent davantage dans la lutte des �tudiants (ou ce qu'ils pr�tendent telle : � le jeu kermesse �) que dans les proclamations de leurs directions syndicales... L'avant-garde ouvri�re se tourne vers eux (les militants �tudiants) comme vers un substitut, une direction de rechange pour leur demander ce que pourtant, faute de force et d'exp�rience (sic), ils ne peuvent leur donner � (idem page 158).
L'implacable r�alit� a dissip� ce r�ve infantile. Ils en concluent : � la classe ouvri�re est spontan�ment stalinienne �. Leur recherche de � jeux‑kermesse �, de � nouvelles forces sociales �, n'en devient que plus ardente, jusqu'au jour o� ils d�couvriront � nouveau que les appareils et le stalinisme sont les vraies forces motrices de l'histoire. Les deux positions peuvent fort bien �tre combin�es. En r�alit�, ils rejettent la responsabilit� de leur trahison du programme de la IV� Internationale et de la lutte pour sa construction, sur le prol�tariat.
La logique � th�orique � du pablisme conduit � la liquidation. Mais la fonction politique du pablisme exige que le S.U. se pr�sente comme �tant la IV� Internationale, et s'oppose � la liquidation du S.U. et de ses organisations. De l�, apr�s avoir affirm� qu'il n'y a pas � d'avant-garde autoproclam�e �, que le programme reste � �laborer, ce retour � aux sources �, � la n�cessit� de l'organisation, ce rappel du programme de fondation de la IV� Internationale, et dans la m�me foul�e la n�gation de ce programme.
La rupture avec � l'entrisme sui generis � est cons�cutive � la crise de l'appareil international du stalinisme. Le mouvement de la classe ouvri�re la dresse contre la politique des appareils bureaucratiques qui craquent. Bien qu'encore embryonnairement, des tendances se font jour qui cherchent une issue. Elles annoncent de gigantesques ruptures, des tendances infiniment plus puissantes. Le pablisme pour jouer son r�le doit op�rer une mue politique : fini � l'entrisme sui generis �, vive l'organisation ind�pendante, les � nouvelles avant-gardes �. La crise fondamentale du stalinisme se r�percute � tous les milieux. Les milieux de la petite bourgeoisie, hier fascin�s par la puissance politique de la bureaucratie du Kremlin et de son appareil international, agit�s par la crise de l'imp�rialisme, traduisent � leur mani�re la conjonction des crises de l'imp�rialisme et de la bureaucratie du Kremlin. Ils ressortent toute l'antiquaille id�ologique, � peine retap�e. Les pablistes se mettent au go�t du jour. Ce qu'on appelle la � crise de l'Universit� � est un aspect de la crise de la soci�t� bourgeoise. De ce point de vue, le mouvement �tudiant s'ins�re dans la lutte pour la r�volution prol�tarienne mais, en l'absence du parti r�volutionnaire plongeant ses racines au plus profond du prol�tariat, la crise du stalinisme et de l'imp�rialisme fait rena�tre toutes les vari�t�s id�ologiques petites-bourgeoises. Le milieu est propice au � gauchisme � et � bien d'autres choses. Cependant, la renaissance des id�ologies petites-bourgeoises, le � gauchisme � ont des racines sociales, des causes politiques : le stalinisme barre la route � la solution prol�tarienne de la crise de la soci�t� bourgeoise, mais les mouvements du prol�tariat remettent en cause son contr�le sur la classe ouvri�re. La recherche d'une issue, en l'absence du parti r�volutionnaire, fait appara�tre en surface, dans les milieux les plus instables socialement, des tendances et courants id�ologiques petits-bourgeois.
Pas plus � l'universit� qu'ailleurs, le combat pour la construction du parti r�volutionnaire ne saurait �tre diff�r� ou �vit�, en raison du � milieu �. Les �tudiants doivent fournir des militants et des dirigeants � la r�volution prol�tarienne en luttant sur leur propre terrain pour la construction du parti r�volutionnaire. Le mouvement �tudiant peut et doit s'int�grer � la lutte de classe du prol�tariat. Le test de la politique pratiqu�e � l'universit� avant, pendant, et apr�s mai-juin 68, pour autant que la crise du stalinisme et des appareils bureaucratiques, conjugu�e � la crise de l'imp�rialisme, fait de ce milieu de bouillon de culture � id�ologique �, est non moins probant que celui de � l'entrisme sui generis �. Fondamentalement le stalinisme porte la responsabilit� de la renaissance et du bouillonnement � l'universit� du � gauchisme �, du � spontan�isme �, de l'anarchisme d�g�n�r�, du d�veloppement des id�ologies mao�stes, P.S.U.‑ C.F.D.T. et autres. Il n'en est pas moins indispensable de lutter politiquement contre ces � id�ologies � et ces tendances. Le pablisme s'est adapt� � eux, comme pr�c�demment il s'adaptait directement au stalinisme par � l'entrisme sui generis �. La place politique qui est la sienne ‑ tendance petite-bourgeoise du mouvement ouvrier ayant rompu avec le programme de la IV� Internationale et combattant, au nom de la IV� Internationale, contre la reconstruction de la IV� Internationale ‑ exigeait qu'il s'adapte aux pr�tendues � nouvelles avant-gardes �, pour qu'il op�re une mue politique.
La crise du stalinisme en est seulement � ses d�buts. Les plus formidables affrontements entre les classes sont devant nous. Les prodigieux bouleversements entre les classes, � l'int�rieur des classes, au sein du mouvement ouvrier sont encore � venir. Estimer que la classe ouvri�re est immunis�e contre la renaissance des vieilles id�ologies serait avoir de dangereuses illusions. Au plus profond de la classe ouvri�re, par la naissance ou la renaissance de multiples courants et tendances, elles se manifesteront d'autant plus que rompre politiquement avec telle ou telle expression du stalinisme ce n'est pas encore rompre avec toutes les d�viations id�ologiques qu'il a entretenues et renforc�es; que la maturation politique du prol�tariat et des militants ne s'effectuera pas au m�me rythme pour ses diff�rentes couches, ni automatiquement. Les vieilles id�ologies r�appara�tront selon des formes appropri�es. Le � centrisme � est un danger particuli�rement grave. Les militants de la classe ouvri�re qui rompent avec le stalinisme et les organisations traditionnelles ne peuvent reconstituer spontan�ment le marxisme.
La mutation de � l'entrisme sui generis � � la th�orie des � nouvelles avant-gardes � d�montre que le pablisme op�rera les mutations n�cessaires � une nouvelle adaptation au � mouvement (dit) r�el des masses �. Le pablisme ne change pas de nature parce qu'il a reni� � l'entrisme sui generis �, parce qu'il adopte la th�orie des � nouvelles avant-gardes �; au contraire, sa nature exige qu'il op�re cette mutation afin de remplir sa fonction politique. De nouvelles mutations sont � pr�voir : elles sont pr�cis�ment indispensables � la fonction politique du pablisme, en raison de sa nature qui ne change pas, mais s'affirme ainsi. Flanc‑garde des appareils bureaucratiques et de la bourgeoisie, le pablisme s'efforcera de cristalliser sur des positions centristes les courants et les tendances de la classe ouvri�re, n�s de la crise conjointe de l'imp�rialisme et de la bureaucratie du Kremlin, qui rompront avec les organisations traditionnelles. Ainsi, accomplira‑t‑il son r�le politique d'obstacle � la construction des partis de la IV� Internationale et � sa reconstruction.
La d�faite du pablisme, comme celle du r�formisme et du stalinisme, r�sultera du combat permanent, d'hier, d'aujourd'hui et de demain, pour la reconstruction de la IV� Internationale et de ses partis. Tout est l� : la d�faite ou la victoire de la r�volution prol�tarienne d�pend de la solution de la crise de l'humanit� qui est la crise de la direction r�volutionnaire, que seule peut r�soudre la IV� Internationale, arm�e de la th�orie de la r�volution permanente.
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