"(...) le prol�tariat mondial, le prol�tariat de chaque pays, abordent une �tape d�cisive de leur histoire : il leur faut reconstruire enti�rement leur propre mouvement. La crise du stalinisme (...) s'ampliie au moment o� le mode de production capitaliste pourrissant s'avance vers des convulsions mortelles, qui riquent d'entrainer l'humanit� toute enti�re dans la barbarie. (...) De cette crise des appareils naissent les possibilit�s de reconstruire la IV� Internationale." |
D�fense du trotskysme (2)
La voie froide coup�e, r�volution et contre-r�volution � l'ordre du jour
La gr�ve des mineurs conditionna toute la politique ult�rieure de de Gaulle et de son r�gime politique. Elle ne modifia pas ses objectifs et, d'une certaine mani�re, rendit plus indispensable de les atteindre. Le V� Plan devint � l'ardente obligation � du gaullisme. il fut ratifi� par le Parlement alors qu'aucun des quatre pr�c�dents ne le fut. Il codifia les buts que s'assigne le capital financier fran�ais, confront� � l'affaiblissement de ses positions coloniales, � la n�cessit� de s'int�grer plus profond�ment au March� Commun, au march� mondial, � la division internationale du travail. Ces grandes lignes �taient parfaitement explicites. Il suffit de rappeler que le d�ficit de la balance commerciale fran�aise est un ph�nom�ne chronique, compens� ces derni�res ann�es par le rapatriement de capitaux, les investissements de capitaux �trangers en France, la sp�culation qui joua jusqu'au d�but 1968 en faveur du franc. Or, le V� Plan expliquait :
� l'�quilibre de notre balance des paiements avec les pays hors zone franc peut �tre recherch�e sous deux formes diff�rentes. Dans une premi�re solution, un large d�ficit de la balance des paiements serait compens�e par un exc�dent des mouvements de capitaux publics et priv�s de l'ordre de 300 millions de dollars �.
Pour atteindre ce simple objectif, il e�t fallu que les exportations croissent d'environ 10 % par an. Et surtout que la classe ouvri�re ait accept� les � sacrifices n�cessaires �. Mais l'objectif qu'aurait du atteindre (la 2� solution, la seule correspondant aux besoins fondamentaux du capital financier fran�ais) le V� Plan �tait d�fini comme suit : � devenir exportateur net de capitaux � ce qui exigerait que � l'exc�dent des �changes de marchandises puisse atteindre 500 millions de dollars �, afin que soit �quilibr�e la balance des paiements.
� L'ardente obligation du plan � impliquait un bouleversement radical de la structure du capitalisme fran�ais, des rapports sociaux en France de 1962 � 1970 : 25 % d'agriculteurs en moins, 37 % de commer�ants ind�pendants en moins, liquidation des industries retardataires, charbons, textiles, etc., d'anciennes r�gions industrielles comme l'Est et le Nord de la France, rentabilisation des entreprises publiques ou nationalis�es S.N.C.F., houill�res, R.A.T.P., EDF., G.D.F.; �limination, concentration, fusion, des entreprises industrielles afin que :
� la plus grande entreprise fran�aise de chaque secteur soit en moyenne dix fois plus grande que l'entreprise ou que le secteur d'entreprise qui para�t avoir la taille optimale sur le seul march� fran�ais. Les quelques rares entreprises qui ont d�pass� ce stade n'auraient besoin de cro�tre que trois � quatre fois, celles qui ne l'ont pas atteint de vingt � trente fois. �
Il ne suffit pas de cro�tre, � il faut �liminer la graisse et ne conserver que le muscle �; les secteurs dits de pointe devaient �tre favoris�s : la construction �lectrique, m�canique, l'�lectronique, la chimie ; mais l'effort � entreprendre se mesure lorsque l'on sait que parmi les 100 premi�res entreprises mondiales figurent seulement trois soci�t�s fran�aises Renault, C.P.F. et Rh�ne Poulenc et encore la premi�re fran�aise n'est elle que la 88� entreprise mondiale.
Cette tentative d�sesp�r�e de stopper la d�gringolade du capital financier fran�ais, de lui donner les moyens de se battre sur le march� europ�en et mondial, exigeait que l'�tat bourgeois poss�de les moyens d'imposer une stricte discipline � toutes les couches de la bourgeoisie, � la petite bourgeoisie des villes et des campagnes et y compris � certaines couches du grand capital. Il fallait surtout que la jeunesse et la classe ouvri�re soient cadenass�es, impuissant�es, pieds et poings li�s.
Pour ne citer qu'un exemple, l'un des objectif � retenu � par le V� Plan �tait de rendre l'industrie sid�rurgique comp�titive sur le plan international. Lionel Stoleru, d�j� cit�, se f�licite : enfin un secteur o� le V� Plan a donn� des r�sultats concluants, sans qu'ils soient d�cisifs face � la concurrence internationale.
� Au terme de l'ann�e 1968, c'est � dire � mi chemin du plan professionnel, les progr�s r�alis�s sont consid�rables. En d�pit d'un certain retard pris sur le programme d'investissements, des gains de productivit� �lev�s ont �t� obtenus, ce qui a pour contre-coup d'arracher les r�ductions d'effectifs. �
Vient ensuite le communiqu� de victoire (le d�compte des armes pris � l'ennemi et le nombre de soldats tu�s) :
� le chiffre de 15 000 licenciements pr�vus pour la dur�e du plan est d�j� atteint en 1968 et on peut penser que la diminution du personnel ouvrier atteindra 30 000 personnes, soit le quart des effectifs pr�sents en 1966. � (Idem page 114).
La � graisse � est �limin�e. Le V� Plan est la tentative de g�n�raliser � l'ensemble de l'�conomie les � succ�s � obtenus dans la sid�rurgie. Le rapport Nora et les annexes qui concernent les services publics et les industries nationalis�es et �manent de l'�laboration du V� Plan, soulignent qu'il est indispensable de r�duire du quart ou du tiers le personnel de la S.N.C.F., de la R.A.T.P., de liquider en grande partie les houill�res, etc. au cours des ann�es � venir.
Il va de soi que l'enseignement, de la maternelle � l'universit�, la formation professionnelle, devrait �tre, au m�me titre que l'industrie, le commerce, l'agriculture, les services publics, � reconverti �. La r�forme Fouchet y pourvoya ainsi que la loi sur la formation professionnelle d'octobre 1966. Pierre Doize, au nom du P.C.F., expliquait fort justement � l'Assembl�e Nationale :
� Le projet de loi illustre les recommandations du V� Plan de redistribuer les responsabilit�s de l'�ducation Nationale et la profession. Il r�pond au vœux du patronat fran�ais en confiant par voie conventionnelle, le sort de centaines de milliers de jeunes de 14 � 17 ans � des grandes entreprises qui leur donneront une formation utilitaire et strictement limit�e... Le projet de loi appara�t donc comme un nouvel instrument au service des monopoles en leur permettant de mieux r�aliser leurs objectifs dans le domaine de la concentration et de l'exploitation renforc�e des travailleurs �.
C'est le moins qu'on en puisse dire. Michel Debr� �tait pour sa part beaucoup plus explicite en pr�sentant la loi au parlement :
� Il faut pr�voir, d'une mani�re institutionnelle, la possibilit� d'une coordination et d'une animation. Il faut pr�voir aussi ce qu'on appelle la liaison universit� industrie, et ce que j'�tendrai en disant liaison universit� industrie syndicat, car la formation professionnelle, qui doit s'adapter aux pr�occupations �conomiques et techniques et qui s'applique aux adultes comme aux jeunes, ne peut �tre trait�e comme l'�ducation classique de la jeunesse �.
Mais plus loin il souligne :
� Cette loi compl�te ce que la r�forme de l'enseignement a d�j� soulign�, � savoir la place capitale de l'enseignement technique et de la formation professionnelle dans l'effort de l'�tat et des groupements ou collectivit�s associ�s � l'�tat �.
D�put�s du P.C.F. et socialistes s'abstinrent, d�montrant qu'ils acceptaient all�grement que l'enseignement et la formation professionnelle soient adapt�es aux exigences du V� Plan : mise � la disposition du patronat d'une main d'œuvre polyvalente, mobile et d�qualifi�e, formation maison de cadres techniques.
L'�tat fort, l'�tat policier qui cors�te la bourgeoisie dans son ensemble, qui soumet toutes les couches sociales, qui tend tous les ressorts de la soci�t� au profit exclusif du capital financier, s'impose comme indispensable, en raison de la d�cr�pitude de la bourgeoisie fran�aise, de la n�cessit� de tenter un supr�me effort, pour, sinon surmonter, tout au moins limiter la d�gringolade de l'imp�rialisme fran�ais. L'�quation commune aux pablistes et aux staliniens (capitalisme de monopoles = planification de la production, planification des profits, planification de la croissance des salaires, de l'am�lioration des conditions de vie et de travail des travailleurs, mais suppose en compensation la fin de la d�mocratie parlementaire bourgeoise) est une pure et simple falsification. Le parlementarisme bourgeois a laiss� place au bonapartisme, � la tentative de construire l'�tat fort, en raison de son impuissance � faire pr�valoir exclusivement les int�r�ts du capital financier, de l'imp�rialisme malade et d�cadent, au d�triment du prol�tariat, de la jeunesse, de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes, et m�me d'importantes couches de la bourgeoisie. L'int�gration des syndicats � l'�tat bourgeois est fondamentalement diff�rente de la simple collaboration de classe en ce qu'elle est n�cessaire pour transformer les centrales syndicales en courroies de transmission de la politique de l'�tat bourgeois, qui doit d�truire les conqu�tes de la classe ouvri�re, op�rer des coupes sombres dans son pouvoir d'achat, organiser la surexploitation, rejeter des milliers de travailleurs hors du cycle de la production, vouer la jeunesse � la d�ch�ance et au d�sespoir.
Compl�mentaire � � l'ardente obligation du plan �, au d�mant�lement de l'�ducation nationale et de la formation professionnelle, les ordonnances de l'�t� 1967 ont un triple objectif : par la cr�ation de l'Agence Nationale de l'Emploi, organiser la polyvalence et la mobilit� des travailleurs � l'�chelle nationale; par la r�forme de la S�curit� Sociale, donner au patronat le contr�le des caisses, pr�parer la mise � la disposition de l'� �conomie nationale � des r�serves, r�duire les prestations vers�es aux travailleurs, d�truire le minimum de droit � la sant� qu'ils ont conquis; par l'int�ressement, mettre en place les �l�ments de l'� association capital travail �, autrement dit faire participer les travailleurs � leur propre exploitation et pr�lever sur ce qui devrait normalement s'inclure dans leur salaire des fonds mis � la disposition de leurs exploiteurs.
Ce programme, coh�rent du point de vue du capital financier, comprenait une s�rie de mesures politiques indispensables � son application : r�forme administrative, institution des CODER, qui font des pr�fets nomm�s par l'�tat les v�ritables d�tenteurs du pouvoir sur les plans r�gionaux et locaux, projet de transformation du Conseil �conomique et Social en S�nat corporatif ; commissions au plan qui associent les � forces vives de la nation � � l'�laboration de � l'ardente obligation �; r�forme des comit�s d'entreprises qui donne � des responsabilit�s aux repr�sentants des syndicats dans la gestion de l'entreprise �. Tout cet �difice participe de la mise en place des structures de l'�tat corporatif. En haut, l'�tat qui d�cide, ensuite des organismes fonctionnant � tous les niveaux et sur tous les plans, de l'entreprise � la r�gion, jusqu'� l'�chelle nationale, qui sont compos�es de membres d�sign�s par l'�tat et fonctionnant sous le contr�le de ses repr�sentants; dirigeants syndicaux, patronaux, � �lites � de toutes sortes. La politique des revenus, dont les commissions Tout�e Gr�goire furent les premiers organismes, s'inclut dans cet ensemble : l'�tat, en ce qui concerne la S.N.C.F., la R.A.T.P., l'E.D.F., le G.D.F., les charbonnages de France, apr�s constations entre � partenaires sociaux �, fixe la masse salariale ; les organisations syndicales en commun avec les directions d'entreprises la r�partisse entre les salari�s; au moment de la mise en place des commissions Tout�e Gr�goire, au lendemain de la gr�ve des mineurs en 1963, il �tait pr�vu qu'elles auraient � conclure des � contrats de progr�s �, qui feraient d�pendre les salaires, les conditions de travail, de la productivit�, de la r�alisation du plan. Le vote en mai 1967 des pouvoirs sp�ciaux au gouvernement au del� de la justification imm�diate qui en �tait donn�e les ordonnances, avait une signification plus g�n�rale : l'Assembl�e Nationale �lue �tait dessaisie un peu plus encore de ses droits l�gislatifs, au b�n�fice du gouvernement et de l'�dification de l'�tat corporatif .
Bien entendu, la mise en place d'une puissante machinerie polici�re, militaire, aux fins de r�pression participait de l'� ardente obligation du plan � : r�organisation du Minist�re de l'int�rieur, quasi suppression de toutes garanties d'ind�pendance pour les juges du parquet, r�forme de la proc�dure d'instruction (institution du secret), allongement du d�lai de garde � vue; renforcement de l'appareil policier, C.R.S., gardes mobiles, polices urbaines, polices parall�les; d�fense en surface du territoire, transformation progressive de l'arm�e en arm�e de m�tier, et jusqu'� l'organisation de la police de la route; commencement de limitation du droit de gr�ve (juillet 1963).
Aux temps, pas si lointains pour qu'ils soient d�j� oubli�s, o� le bonapartisme mettait en place les structures de l'�tat bourgeois corporatiste et policier, pablistes en tous genres, r�formistes, P.S.U., staliniens, ne voyaient aucun inconv�nient � la participation des appareils syndicaux aux commissions du Plan, aux CODER, aux commissions Tout�e Gr�goire, aux multiples organismes d'int�gration des syndicats � l'�tat bourgeois. Comment et pourquoi s'y seraient ils oppos�s, puisqu'aussi bien � objectivement �, selon eux, la classe ouvri�re en tirait de substantiels avantages : la bourgeoisie � accepte de leur c�der un certain nombre d'avantages qu'elle pr�voit �. Et cela gracieusement notons le, par amour de l'humanit� puisque � pendant deux d�cennies, le centre de gravit� de la r�volution mondiale s'�tait d�plac� vers les pays coloniaux, la victoire de la r�volution chinoise co�ncidant avec la d�faite de la vague r�volutionnaire d'apr�s guerre en Europe occidentale �.
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