Source : num�ro 6 du Bulletin communiste (premi�re ann�e), 22 avril 1920. Graphie hongroise r�tablie par la MIA. |
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Tibor Szamuely
Ce nom doit �tre et sera connu de tout prol�taire.
Quand la R�publique des soviets eut �t� renvers�e en Hongrie, un de ses jeunes chefs, un homme de haute valeur, trouva la mort � la fronti�re. Nous ne savons pas encore dans quelles circonstances cette vie pr�cieuse pour le prol�tariat fut enlev�e. Selon les communications officieuses, le camarade Szamuely se tua d'un coup de revolver dans la t�te quand il fut arr�t� par les gendarmes de Renner et de la Seconde Internationale, qui avaient �t� peu de temps auparavant encore les gendarmes de Charles de Habsbourg. C'est possible. Szamuely �tait une nature d'acier et fi�re, � qui la chute du pouvoir des soviets et le fait de se rendre vivant pouvaient sembler une capitulation inadmissible. Il se peut qu'en r�alit� il ne voulut pas remettre son �p�e r�volutionnaire � ses ennemis et pr�f�ra la mort a la captivit�. Mais une autre hypoth�se peut �tre admise : est-ce que les gendarmes de Renner valent mieux que ceux de Noske ? Est-ce que Zeir et Bauer valent miens que Scheidemann et Bart ? Et si les bourreaux d'Allemagne purent assassiner Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht au moment o� ils tentaient de s'enfuir, pourquoi les bourreaux d'Autriche n'auraient-ils pas pu r�gler une fois pour toutes leurs comptes avec Tybor Szamuely ?
Le prol�tariat hongrois peut �tre fier de cette figure. Et la haine. furieuse, la rancune inextirpable que la bourgeoisie hongroise nourrissait contre feu Szamuely est tout � fait compr�hensible. Ses qualit�s distinctives �taient une volont� inflexible, un rare sang-froid, une plume brillante, une inlassable �nergie.
Comme B�la Kun. il passa par l'�cole r�volutionnaire de Russie, et c'est dans ce pays que l'autour de cet article fit sa connaissance. Avant la guerre, Szamuely �tait l'un des r�dacteurs de l'organe central de la social-d�mocratie hongroise, N�pszava. Pendant la guerre, � laquelle il prit part avec le grade d'officier, il fut fait prisonnier. Ici, il v�cut dans des conditions �pouvantables. Il fut envoy� en Sib�rie et en Mandchourie. Souvent, il dut travailler dans les marais et les mines, avec de l'eau jusqu'aux genoux et gravement malade. Il essaya rie fuir, mais fut arr�t� � la fronti�re su�doise par les gendarmes du tsar. Enfin, la r�volution lui donna la libert�.
Depuis lors, Szamuely d�ploie ses ailes comme un jeune aigle. Il est rare de rencontrer des hommes qui donnent avec autant de d�vouement que lui toutes leurs forces jusqu'au bout � la cause qui meut et d�place actuellement les couches historiques. Un trait curieux et qui est propre au vrai r�volutionnaire, Szamuely n'a jamais d�daign� aucune tache, f�t-ce la plus difficile et la plus d�sagr�able, la plus p�nible et la moins en vue. Avec une ardeur �gale, il travaillait � l'�cole des propagandistes, �crivait � la r�daction du journal, �crasait, les armes � la main, les r�voltes contre-r�volutionnaires, r�digeait des brochures, travaillait � la commission extraordinaire, prenait la parole aux meetings, ou �tablissait un programme de travail pour les camarades. � fout moment, il pouvait presser la g�chette de son Mauser, qu'il ne quittait jamais. D'un courage exceptionnel. Szamuely �tait en garde toujours.
En g�n�ral, dans les n�crologies, il y a une dose d'exag�ration. Mais, en ce qui concerne Szamuely, on ne saurait exag�rer. Au moment o� j'�cris ces lignes, je vois devant moi la figure aim�e et ch�rie de ce camarade avec le regard fatigu� de ses yeux intelligents et son sourire toujours l�g�rement sarcastique, figure nerveuse et surmen�e, mais en m�me temps �nergique. Szamuely ne dormait que quatre � cinq heures par jour : le reste du temps, il vivait pour la r�volution.
J'ai eu l'occasion de voir les hommes les plus divers, et parmi eux des r�volutionnaires de presque tous les pays ; mais rarement j'ai rencontr� une personnalit� aussi charmante, un camarade, aussi excellent que Szamuely. Il fut pendant toute sa vie un mod�le de chevalerie communiste.
Szamuely est mort jeune. Il est certain que sa nature si bien dou�e se serait d�ploy�e avec plus d'ampleur encore. Mais ce que net homme, pendant sa courte existence, a donn� au prol�tariat ne sera jamais oubli�. Sa figure restera toujours comme celle de nos autres martyrs, � la limite des deux �poques, comme un symbole de communisme militant.
N. BOUKHARINE.
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